20 septembre 2016

Les vêtements imper-respirants (partie 1)

imper-respirant - image 1

Un peu d’histoire : pourquoi des vêtements respirants ?

La question de la « respirabilité » a été mise en avant par l’entreprise Gore au cours les années 80. Mais pourquoi donc ? Ca n’allait donc pas avant ? Pour mieux comprendre, explorons le chemin de ce produit (LE Gore Tex), qui n’en est qu’un dans une entreprise aujourd’hui gigantesque. Tout le monde a entendu le discours : « laisse passer la vapeur d’eau vers l’extérieur, empêche l’eau liquide d’entrer ». Tout le monde à l’image en tête, laissant imaginer une sorte de sens unique. Mais d’où viennent ces idées et ce concept d’imper-respirant ?

Il était une fois l’imper-respirant

L’histoire, comme souvent, a commencé avec un véritable besoin : le vêtement médical. Lorsqu’on réalise des blouses ou des champs de bloc opératoire, il est essentiel qu’aucun fluide ne rentre, mais que le confort soit acceptable. Pour cela, on a vite utilisé un matériau assez exceptionnel, le Téflon expansé.

A l’époque uniquement fabriqué par DuPont de Nemours (donc en situation de monopole), le Téflon, ou poly-tétra-fluoro-ethylène (dit PTFE, un polymère d’atomes de C2F4) a la propriété de pouvoir être expansé (étiré), pour devenir le ePTFE (« e » pour « expanded »). On obtient ainsi un matériau qui regroupe plusieurs propriétés très intéressantes:

  • Une étanchéité élevée, due principalement à la faible taille des pores, mais aussi à la tension de surface très élevée du Téflon. La tension de surface, c’est ce qui fait qu’une surface ne se « mouille » pas, que l’eau fait des gouttes bien rondes. Les applications sont sans fin : une entreprise comme Téfal a bâti sa réussite sur cette propriété.
  • Une perméabilité à l’air intéressante : le matériau étant poreux, une faible quantité d’air (faible, mais pas zéro !) peut traverser, permettant ainsi une évaporation de la vapeur d’eau. Nous y reviendrons. Ce n’est pas pour rien que le plus gros usage de ce matériau est dans le domaine de la filtration (sacs d’aspirateurs), où il est essentiel de contrôler la perméabilité à l’air.

Tout cela convenait parfaitement à l’usage médical et apportait un véritable confort d’utilisation, dans un cadre qui avait deux autres particularités :

  • des vêtements à usage unique : ça n’avait pas besoin de « durer longtemps ».
  • des vêtements portés à même la peau : dans un bloc opératoire, on est « nu en dessous ».

D’abord, faire tenir les choses ensemble

Il était logique de chercher de quelle manière étendre le marché de ce matériau « miracle », dans les autres domaines où l’on pouvait chercher à la fois de l’étanchéité et quelque chose comme de la « respirabilité ». Le marché du sport convenait bien. Il fallait pour cela résoudre plusieurs difficultés afin, en particulier, que le produit puisse durer. Fini le « jetable » et l’usage unique !

La première difficulté est la tenue mécanique : le PTFE est un matériau particulièrement inerte, ne collant à rien. C’est pour cela que les poêles Téfal sont anti-adhésives. Le premier brevet Téfal tenait au fait de, justement, faire « tenir » du Téflon (voir ce bel article, par exemple). Gore a donc beaucoup travaillé sur le sujet et est réellement passé maître dans l’art de laminer des membranes ePTFE sur du textile. Le procédé consiste à coller la membrane, mais sans la « boucher », sur toutes sortes de matériaux.

Ensuite, faire durer le produit

L’autre difficulté à résoudre est apparue après le lancement : les super vestes Gore-Tex mises sur le marché perdaient peu à peu leur étanchéité. En effet, le PTFE est progressivement contaminé par différents produits (graisses, lessives, etc.), et sa tension de surface diminue. Rappel massif des premiers produits et recherche d’une solution alternative qui aboutira à un concept longtemps lisible ainsi :

  • Une gamme de produits « Gore Tex », bâtie sur l’argument principal de « l’étanchéité durable » : pour obtenir ce résultat, la membrane Téflon est en réalité largement tartinée de polyuréthane. Finis les petits trous, finie la perméabilité à l’air ! Le Gore-Tex (hormis dans la gamme XCR, parfois) fonctionne comme une « vulgaire » membrane PU (nous verrons cela au prochain chapitre). La membrane ainsi protégée est nettement moins « respirante », mais elle reste étanche.
  • Une gamme de produits « WindStopper » : c’est le produit initial, avec seulement la membrane ePTFE, mais vendue avec l’argument « coupe vent », et interdiction radicale par Gore d’utiliser ce matériau dans des vêtements « étanches ». Il a longtemps été interdit, par exemple, de mettre du ruban d’étanchéité sur les coutures d’un vêtement WindStopper. Objectivement, le Wind-Stopper est moins étanche à l’air que le Gore Tex mais personne ne peut le sentir (nous y reviendrons également).

La donne change…

Jusqu’à ces dernières années, tout allait bien, Gore ayant posé un brevet sur l’utilisation du ePTFE dans les vêtements, le marché était verrouillé. Mais ce brevet est tombé dans le domaine public au début des années 2000, provoquant l’arrivée de nouveaux acteurs…

Nous en savons maintenant assez sur l’origine de ces produits sans avoir à aller plus loin. Nous relierons bientôt cette histoire avec une certaine manière d’appréhender les mesures de respirabilité et autres…

pascal

Pascal est designer énergétique depuis plus de 15 ans, avec des expériences variées dans les domaines du bâtiment, des vêtements et équipements. Il est également musicien et écrivain, et habite en Savoie (France).

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