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2 février 2017

Les vêtements imper-respirants (partie 3)

Nous avons vu dans un épisode précédent la distinction qu’il convenait de faire entre les propriétés d’un vêtement et celles du matériau qui le constitue.

Le monde est ainsi fait, de nos jours, qu’on a rarement l’occasion de revenir à la question de départ, celle qu’on devrait toujours se poser : de quoi ai-je besoin ? Pour ce qui nous intéresse, elle peut se poser ainsi : quel vêtement pour quelle activité ? La question subsidiaire est également : est-ce que ça vaut le coup de payer 300-500-700€ pour un vêtement dit « respirant ».

Quelques généralités

Le vêtement est parfois considéré comme notre deuxième peau, conçu normalement pour étendre la zone d’usage de notre première peau lorsqu’elle atteint ses limites.

Il peut être utile à notre réflexion de faire le parallèle avec ce qu’on considère parfois comme notre troisième peau : le bâtiment. En effet, ils interagissent fortement, car plus le vêtement est adapté au besoin et à l’environnement, moins on « en demande » au bâtiment, et inversement. Il n’y a qu’à comparer une tente, une yourte ou un igloo, dans lesquels on ne vit qu’avec un habillement adapté, et un immeuble moderne, très technologique, où le confort peut être maintenu en toutes saisons indépendamment de l’habillement.

Comment prévient-on la surchauffe dans un bâtiment ? Il y a classiquement trois paramètres, dont deux seulement sont transposables au vêtement :

Les vêtements imper-respirants - paramètres

La première étape est essentielle : On commence par limiter l’accumulation de chaleur, donc on adapte l’isolation à l’effort. Et l’isolation, c’est directement l’épaisseur.

Ce n’est pas directement notre sujet, mais si chacun s’habillait, en effort, pour se sentir « juste frais », la question de la respirabilité se poserait beaucoup moins. En étant un peu dur (mais pas tant que ça…), on pourrait dire que la question de la respirabilité ne se pose qu’à celles et ceux qui ne savent pas s’habiller correctement.

Par ailleurs, nous l’avons dit dans la partie précédente : l’expérience montre que les quantités évacuées à travers les matériaux sont largement insuffisantes, c’est exactement comme dans un bâtiment. Personne n’attend que chaleur et humidité traversent éventuellement les murs : on ouvre les fenêtres. La conception même des vêtements imper-respirants le prouve : ils sont quasiment tous dotés de « ventilations », ces grands zips placés sous les bras, en poitrine ou ailleurs.

Une fois que l’on a compris l’importance de cette ventilation et de son contrôle, on peut réfléchir sereinement à la question fondamentale : de quoi a-t-on vraiment besoin ? Quelques cas concrets nous aideront à explorer les différentes situations envisageables…

Cas n°1 : il ne pleut pas ou peu

N’ayons pas peur de l’évidence : quand il ne pleut pas, il n’y a pas d’eau extérieure dont il faudrait se protéger. L’étanchéité est donc inutile. C’est une grande chance, car très concrètement, si l’on se protège de l’eau, on se protège très souvent de l’air aussi, et la ventilation devient délicate.

Donc, s’il ne pleut pas, on s’orientera toujours vers des solutions non étanches, avec une isolation ajustée à l’activité (« juste frais »).

Un exemple typique : la combinaison de laines polaires. Personnellement, je parviens à gérer toutes les situations avec une « micro », une légère et une grosse, en combinaisons diverses. Il s’agit de vêtements très perméables à l’air, qui permettent ainsi une vraie évacuation de l’éventuelle humidité excédentaire.

Pour le cas d’un vent intense, et/ou d’une activité intense, type vélo, où l’on ne pourra pas facilement assurer la juste ventilation par des ouvertures de zip (c’est trop peu, ou trop) : recherchez les matériaux « coupe-vent mais perméables à l’air ». Il y en a peu. Windstopper en est un, mais encore souvent trop « coupe-vent ». eVent en est un autre. Le fabricant Polartec a, il y a quelques années, ouvert une véritable brèche, en créant un matériau « coupe-vent mais pas trop », baptisé NéoShell. Il représente une véritable alternative à la pensée binaire proposée par Gore depuis si longtemps.

Très concrètement, en magasin, vous pouvez tester si un matériau est perméable à l’air en plaquant la bouche (essuyez le chocolat avant !) et en soufflant :

  • Si vous forcez, que l’air ne passe pas : ce n’est pas perméable. A éviter !
  • De l’air passe, plus ou moins facilement : bravo, vous venez d’en trouver un !

Cas n°2 : zut, il pleut !

Ou bien on part pour 3 jours, et on ne veut pas prendre le risque… Là, évidemment, on pense « vite, mon Gore Tex ». Sauf que…

Considérons le cas habituel : vous portez déjà une ou deux couches isolantes, et vous ajoutez par dessus votre beau vêtement étanche, « mais respirant », qui est donc la couche la plus extérieure, la plus froide, car « hors isolation ».

Quand il pleut, l’humidité relative à l’extérieur du vêtement est de 100%. Elle est également de 100% à la même température en face interne, cette couche étanche étant à l’extérieur de l’isolant. Il n’y a aucun écart de pression partielle de vapeur d’eau entre les deux faces. Pas de « moteur », donc rien ne passe, ni dans un sens, ni dans l’autre.

Dans l’immense majorité des cas, un matériau « respirant » porté sous la pluie ne « respire » rien du tout.

Résumé des cas n°1 et n°2

Ces deux cas assez simples, que nous avons tous vécus, nous montrent donc que :

  • S’il ne pleut pas, je n’ai pas besoin d’un vêtement étanche.
  • S’il pleut, aucun matériau « respirant » ou non ne « respire » en situation réelle.

Avouons qu’à ce stade, il reste peu de place pour un vêtement réalisé avec un matériau « imper-respirant »…

En fait, j’ai été un peu de vite à la besogne. La preuve : je ne vous ai donné aucun conseil pratique pour le cas n°2. C’était pour la bonne cause, certes, pour simplifier… Mais je ne voudrais pas vous laisser sous la pluie comme ça… Retournons-y donc !

Cas n°2 : Zut, il pleut… (bis)

D’habitude, lorsqu’il pleut, on aimerait par dessus tout trouver quelqu’un qui vous propose « la garantie de rester au sec ». La situation est en réalité très différente selon que vous êtes en activité ou au repos.

Cas n°2 a : … et en plus je fais du sport !

Concrètement, vous dégagez beaucoup de chaleur, il est plus que probable que vous transpiriez (c’est à dire, vous émettez de l’eau liquide). Vous êtes donc mouillé.e, de toute façon. La bonne stratégie est alors souvent de l’admettre et d’en limiter les inconvénients éventuels, qui sont de deux ordres :

  • éviter les grands refroidissements dus au vent. Prenez donc un coupe-vent, modèle « de base », qui peut être très léger. Les nostalgiques apprécierons le k-Way ! Par contre, agissez dès que vous vous arrêtez, avec une bonne isolation et un séchage à l’abri.
  • éviter les contacts désagréables, collants et froids. Pour cela, une sous-couche hydrophobe, type polyester, micro-polaire ou autre fait parfaitement l’affaire. Elle contient peu d’eau, et évite le contact froid de la couche étanche.

Cas n°2 b : … et en plus je ne fais pas de sport !

Vous ne faites rien d’actif, c’est à dire que vous êtes à la pêche, vous attendez un bus ou ramassez des moules… pas de chaleur à évacuer, tout ce que vous voulez, c’est rester sec et au chaud. Selon l’esthétique souhaitée, optez pour le Ciré jaune (Gore Tex n’a jamais eu de succès chez les marins, qui s’y connaissent en étanchéité) ou le kWay à 10 €.

Nouveau résumé…

On pourrait croire avec ces exemples qu’on n’a, en fait, jamais besoin d’un « vêtement technique », c’est à dire d’un habillement fabriqué avec une matière imper-respirante. Et bien… je le pense fermement, mais c’est difficile à valider sur le terrain : il est impossible aujourd’hui de trouver un vêtement outdoor « technique » (terme éminemment flou !) qui ne revendique pas une certaine respirabilité. Mais clairement :

  • On peut gérer presque toutes les situations avec un assemblage d’isolants type « polaire » et le plus basique des coupe-vent.
  • Dans certains cas spécifiques, un coupe-vent partiellement perméable à l’air est idéal.
  • Pour les cas de pluie, il suffit d’un vêtement étanche.

Mon conseil est donc : s’il y a dans la gamme un « équivalent Gore-Tex mais moins cher », c’est toujours mieux. Dans tous les cas, ce qui fera la différence, c’est votre capacité à savoir vous habiller correctement. Et si vous vous habillez mal, même avec la plus chère des combinaisons… vous serez mal !

Le fin mot de l’histoire

Sur le fond, on trouve, comme dans beaucoup d’autres d’industries et domaines, les acteurs suivants :

  • Des fabricants de composants proposant un produit avec une belle histoire, et proposant de la généraliser au vêtement lui-même.
  • Des assembleurs (les marques de vêtements de sport), dont les forces sont massivement regroupées sur le design et le marketing, et non sur une saine compréhension du fonctionnement des produits. De fait, ils n’ont pas d’autre choix que d’accepter la soupe servie par les fabricants de composant.
  • Des clients / usagers à qui l’on ne propose guère que de choisir entre des produits, pas de « monter en compétence » sur leur réel besoin et utilisation.

Il est relativement facile, une fois le problème correctement posé, d’arriver à de vrais concepts, efficaces et peu chers. C’est ainsi assez simple, contrairement à ce que croit l’industrie, de concevoir un gant à la fois chaud et avec une bonne sensation de toucher, ou encore un vêtement chaud (comme une doudoune), mais en divisant par 3 les quantités d’isolant. Il suffit de poser proprement le problème, ce qui est la base du design énergétique. Mais qui achète, aujourd’hui, de l’innovation consistant à vendre moins de matière ou un produit plus simple ?

L’habillement relève aujourd’hui principalement de la mode. Cela peut faire sourire, mais caleçons longs et bonnets de nuit ont disparus de nos maisons en même temps que les consignes de chauffage grimpaient. On a reporté sur de la technologie et la consommation d’énergie (pensons aux gants « chauffant » apparus il y a peu) ce qui, auparavant, reposait sur la sensation humaine, le bon sens et l’intelligence de conception et d’usage. Sur le fond, inclure un chauffage actif dans un gant, c’est reconnaître qu’on ne sait pas faire un gant chaud passif, au même titre que l’installation d’une climatisation dans une maison en France témoigne d’une incapacité du concepteur à gérer les surchauffes de manière passive. Pourtant, les Inuits n’ont pas attendu l’invention de la pile Lithium pour trouver des solutions, et de nombreux habitats vernaculaires sont autrement plus adaptés au climat que les constructions modernes.

Tout cela n’est pas une fatalité, et tout un chacun peut ainsi ré-apprendre à s’habiller de manière efficace à relativement peu de frais pour toutes les conditions climatiques et activités, de même, tout le monde peut pratiquer le design énergétique, en conception et en fabrication.

pascal

Pascal est designer énergétique depuis plus de 15 ans, avec des expériences variées dans les domaines du bâtiment, des vêtements et équipements. Il est également musicien et écrivain, et habite en Savoie (France).

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