Énergie et financement d’origine renouvelable

Le fait de considérer l’argent comme une énergie peut apparaître, selon les milieux, comme très naturel ou complètement fantaisiste. Dans le cadre du design énergétique, j’ai l’habitude de penser l’énergie comme « cette chose qui nous permet de résoudre un problème ». J’aime aussi considérer que la mobilisation d’une forme d’énergie nous permet de résoudre l’écart entre ce qu’on a et ce que l’on voudrait.

Avec une telle acception du mot énergie, donc, je ne vois pas de frein majeur à appliquer quelques éléments de la réflexion énergétique à la circulation de richesse, dont l’argent est l’une des formes.

L’argent peut être un frein

Et si je souhaite aborder le sujet dans cet article, c’est pour deux raisons apparemment éloignées, mais que mon actualité personnelle rapproche de manière intéressante.

La première : à toutes les échelles de projet, la question de l’argent est (souvent) le frein ou (moins souvent) le moteur des choix énergétiques. Je pense que 98% des personnes qui me parlent de leur projet individuel évoquent un « budget limité ». Et cela vaut pour les projets à 30 000 € comme ceux à deux millions. À l’échelle du pays, on peut citer par exemple le Plan de Rénovation Énergétique actuellement (en 2018) en élaboration. La question porte assez peu sur les techniques de rénovation, et on y parle beaucoup de mécanismes de financement, d’aides, d’investissement, de coût, etc.

Et combien de fois, sur combien de bâtiments demande-t-on à la maîtrise d’oeuvre  « d’optimiser » ? En clair, de faire « plus » pour « moins ». Bref : l’argent est présent dans tous les projets.

Et derrière l’argent, la question des modes de financement, de la « rentabilité » (pour qui ?) de tel ou tel volet. J’ai déjà un peu abordé la question en parlant de performance.

L’argent peut être un moteur

Dessin de Nico – La maison écologique num 105 http://www.lamaisonecologique.com

J’en viens à la deuxième raison d’aborder la question de l’argent. Le modèle dominant, en matière de financement, est le recours à l’emprunt bancaire. Personnellement confronté au sujet il y a quelques années, j’ai « esquivé » le problème en montant un emprunt participatif. Pour faire court : au lieu d’emprunter tout le capital à un prêteur (une banque), j’ai emprunté de petites sommes à… 54 prêteurs. Tous des particuliers, certains inconnus de moi.

Cette méthode très artisanale, j’en ai parlé à des amis qui l’ont testée à leur tour, toujours avec succès, et avec des avantages inattendus. Par exemple, tout le monde a obtenu plus d’argent que prévu, à un taux en général inférieur à… 0,1%.

Vous pourrez trouver des détails sur ce type de montage sur notre « autre blog », par exemple dans cet article. Et vous pourrez même y trouver une formation en ligne complète, où j’explique avec mon compère Sébastien Kraft, de quelle manière monter un tel emprunt.

Vers un financement renouvelable

Il y a un parallèle frappant entre la Transition Énergétique et la mise en place d’un emprunt participatif. Vous le savez très probablement, les énergies de flux (ou renouvelables) ont pour caractéristique d’être décentralisées. Notre modèle énergétique passé reposait sur une importante centralisation : quelques centrales de très grandes puissance, et des réseaux pour distribuer. L’un des enjeux majeurs de la Transition Énergétique, et en particulier du développement des énergies de flux, c’est la décentralisation de la production. Dans ce nouveau modèle, des sources de faible puissance sont réparties sur l’ensemble du territoire. Rapprocher le producteur du consommateur, ce que l’on voit dans d’autres domaines.

Et bien en matière de financement aussi, un tel modèle est possible. Le modèle de l’emprunt bancaire peut être considéré comme « centralisé ». Quelques grosses structures possèdent d’importantes capacités de financement, qu’elle distribuent à travers un réseau de distribution (leurs agences). Les projets sont financés selon leurs critères internes, selon un système de valeur qui n’est pas forcément le même que le vôtre.

A l’opposé, qu’est-ce qu’un emprunt participatif ? La mobilisation de multiples « petites » ressources proches du projet. Lorsque j’ai lancé mon emprunt participatif, qu’ai-je fait ? J’ai demandé à mon réseau s’ils étaient prêts à placer un peu de leur épargne dans mon projet. Ceux qui m’ont suivi l’ont fait parce qu’ils se sentaient proches de moi, au sens propre comme figuré. Certains étaient des amis, d’autres se sont reconnus dans le projet que je leur présentais. Le modèle est donc celui d’une sorte d’économie locale.

Par ailleurs, on sait que les prêteurs proposent des sommes qu’ils sont prêts à perdre. C’est une sorte de mécanisme d’auto-garantie. Je comprends cela ainsi : le mécanisme ne puise pas profondément dans l’épargne, dans le stock d’argent. Bref : cela s’apparente à une sorte de « financement de flux », et non pas à un « financement de stock ». Décentralisation, proximité, gestion de flux plutôt que de stock… il n’y a qu’un pas pour commencer à parler de financement renouvelable.

Transition énergétique et Transition financière.

Maintenant, quelle conclusion peut-on en tirer ? En ce qui me concerne, je trouve que cette troublante proximité engage à rapprocher les univers. On cherche à massifier les rénovations performantes, et à les alimenter par des énergies d’origine renouvelable ? Pourquoi ne pas pousser la logique, et leur permettre de se financer par l’emprunt participatif ?

Les estimations récentes montrent que la rénovation énergétique performante coûte environ 250 € HT/m2 en bâtiment collectif, et de l’ordre de 400 €/m2 en maison individuelle. Pour un logement de 100 m2, cela fait 25 000 € HT en collectif et 40 000 € en maison individuelle, pour atteindre un niveau BBC. Et on ne parle bien sûr pas de coût, mais d’investissement dans du patrimoine : un placement.

Le projet que j’ai pu financer avec mes 54 prêteurs était de 90 000 €. Certains m’ont prêté 500 €, d’autres 5000 €, sur des durées de 3 à 10 ans. Je connais des projets financés de cette manière allant de 15 000 à… 320 000 €, sur un collectif. Cela sans recours à l’emprunt bancaire, sans plate-forme, uniquement par mobilisation d’épargne de proximité. A titre personnel, je contribuerai volontiers à un projet qui me solliciterait pour financer une telle rénovation : ça me semble un placement éthique et intelligent de mon épargne.

J’ai passé l’âge d’être utopiste, je vous épargnerai donc une conclusion en forme de « et si nous étions 30 millions à contribuer à de tels prêts ? ». Je reste pragmatique. Autour de moi, j’ai vu des projets financés par ce moyen pour presque 3 millions d’euros. Des projets de toutes sortes, des formations, des habitats, des voyages.

Si cela avait été du mètre carré de rénovation de logement, cela ferait déjà 10 000 m2. Cent logements de 100 m2. C’est peut-être petit, mais c’est le début de la validation d’un modèle.

pascal

Pascal est designer énergétique depuis plus de 15 ans, avec des expériences variées dans les domaines du bâtiment, des vêtements et équipements. Il est également musicien et écrivain, et habite en Savoie (France).

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