Travailler sans rien faire

Dans mon quotidien d’entrepreneur, et en particulier dans mon secteur (l’énergie et le bâtiment), je  croise quantité de personnes confrontées à un problème énergétique bien particulier. Moi-même, ce sujet m’a longtemps causé de grandes difficultés.

Je veux parler de l’énergie personnelle. Peut-être penserez-vous que le sujet est éloigné du design énergétique ? Je ne le pense pas. Je pense même, comme je l’ai évoqué dans cet article, que notre consommation énergétique est très profondément liée à notre vécu intérieur. 

Mais ce dont je veux parler ici, c’est plutôt des aspects très concrets de ce thème. Je m’adresse ici plutôt aux indépendants, mais j’invite tout salarié à se pencher sur le sujet.

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Pourquoi le sujet est important ?

Voici un peu plus de dix ans que je travaille avec des architectes et des concepteurs en bureau d’études, et environ deux ans que je les accompagne plus précisément sur la gestion et le développement de leurs activités. Et voici la phrase que j’entends le plus souvent : « je n’ai pas assez de temps ».

Les raisons (ou les conséquences, selon l’approche) évoquées sont multiples. Voici quelques exemples que j’entends souvent :

  • des revenus insuffisants : il faut donc travailler plus pour espérer gagner plus.
  • une « passion » du travail : quand une passion est envahissante, on parle plutôt d’addiction (être «  workaholic », vous connaissez ?)
  • l’envie de donner le meilleur pour « rendre service » : savez-vous qu’il y a un taux élevé de Burn-Out chez les humanitaires et dans les associations caritatives ?
  • la croyance qu’un travail de qualité prend du temps : le client payerait pour notre temps, d’où la notion (très récente, voir Graeber, Bullshit Jobs) de taux horaire.

Je ne discute pas ces affirmations. Je les ai toutes utilisées pour moi-même. Aujourd’hui, je ne les tiens que pour des excuses qui m’empêchent d’attaquer le problème de fond : il n’est ni normal, ni juste, ni acceptable, de ne pas avoir assez de temps et d’énergie.

Ce que je vois autour de moi et chez les professionnels que j’accompagne, ce que j’ai vécu, c’est une grande confusion dans l’usage de l’énergie personnelle. C’est une accumulation de réponses inadéquates à ces trois questions sans cesse posées :

  • à quoi dois-je consacrer mon énergie maintenant ?
  • comment obtenir efficacement le résultat attendu ?
  • quelle sorte d’énergie dois-je utiliser ici et maintenant ?

Cela ne vous rappelle rien ? Bien sûr que si ! Questionner le besoin, c’est le champ de la sobriété énergétique. S’interroger sur l’atteinte rapide et efficace du résultat, c’est de l’efficacité énergétique. Et le questionnement sur la « sorte d’énergie » personnelle… Cela vous semble peut-être obscur. Laissez-moi vous donner des exemples.

Où la science de l’esprit rejoint l’énergétique

Bienvenue dans ma tête.

Je suis ce qu’on appelle un travailleur intellectuel. Mon travail fondamental, ma valeur ajoutée première, c’est de traiter de l’information et de produire des idées. C’est une activité créative, pendant laquelle de la richesse est véritablement créée.

Par ailleurs, mon travail consiste aussi à mettre en forme et communiquer le résultat de mes réflexions.

Dans le domaine de l’énergie, la composante créative consiste en réalité en deux modalités bien différentes : 

Elle est très analytique et technique, par exemple quand je structure une étude appuyée sur la Simulation Thermique Dynamique, ou que je décortique le fonctionnement énergétique d’un lieu ou d’un process. Mon esprit est alors tout à fait focalisé sur l’objet que j’étudie, comme s’il l’analysait avec un microscope, ou le disséquait au scalpel.

Cette technicité, utilisant mes capacités rationnelles, ne fait pas tout. Elle me permet d’obtenir de l’information précise de grande qualité. Mais elle est incapable de donner du sens, ou de générer elle-même un objectif applicable dans le monde réel.

Pour cela, il me faut avoir recours à d’autres capacités cognitives, un mode de l’esprit plus ouvert, plus holistique. Il s’agit d’un espace où les sujets décantent, « travaillent eux-mêmes ». C’est vraiment là que peut émerger une forme de créativité.

C’est fondamental de comprendre que ces deux modes de fonctionnement s’appuient sur des fonctionnements très distincts du cerveau. L’un est très focalisé, centré sur l’objet d’étude. L’autre  est ouvert, « défocalisé », pour faire émerger du nouveau.

Le troisième mode de fonctionnement est celui dans lequel je travail sur la transmission de l’information. Ce n’est ni complètement créatif, ni complètement analytique. C’est en revanche très « empathique ». Mon message ne peut être reçu que si j’ai la capacité de me mettre à la place de mon client ou du destinataire, pour résoudre son problème. Et j’imagine que vous ne serez pas surpris si je vous dit que ce mode de fonctionnement est le même que celui que j’utilise pour « poser le problème ».

Schématiquement, donc, mon travail tourne en boucle dans trois espaces, correspondant à trois modes cognitifs profondément différents.

Connaître son outil de travail

C’est en reconnaissant que mon esprit (mon outil de travail donc) alterne entre ces différentes modalités que j’ai pu organiser ma vie et mon activité de manière cohérente. En termes techniques, j’alloue des ressources là où elles sont pertinentes et je les mobilise dans un contexte où elles sont utilisées au mieux.

Je vis vraiment cela comme un « mix énergétique », le troisième pilier d’une démarche négaWatt. Et comme dans une démarche négaWatt sur un territoire, l’organisation du système énergétique s’appuie sur l’intention finale.

Très concrètement, et comme je l’explique dans la vidéo en haut de l’article, un temps important de mon travail se fait hors du bureau. C’est peut-être, d’ailleurs, la partie la plus essentielle de mon travail : celle où j’ai mes idées. Elles me viennent sur mon vélo, dans une via ferrata, à la sortie d’une sieste, en me baignant dans un lac ou au milieu d’un spectacle. N’importe quand et n’importe où. Je me suis donc organisé pour pouvoir récolter ces idées sur le terrain, là où elles émergent.

Le reste, le temps de bureau, est nourri de cette matière. À titre personnel, j’ai observé que je suis incapable de tenir ce mode de production plus de 5 heures par jour, et pas tous les jours. Si je dépasse ces doses, mon travail s’en ressent, mon moral aussi, bref : je produis moins, moins bien.

Le mythe délétère des horaires de fou

Il y a, en France tout particulièrement, un mythe dramatique autour des horaires de fou. Je me souviens, lorsque j’étais en entreprise, des blagues lorsque quelqu’un, arrivé à 8h le matin, repartait vers 16h : « alors, tu as pris des RTT ? ». C’est absurde, inutile, improductif, et entretient ce mythe que celui qui travaille le mieux est celui travaille longtemps.

Ma conviction, c’est plutôt le contraire. Les gens compétents dans le domaine intellectuel travaillent vite et peu, justement parce qu’ils sont compétents. Une entreprise aussi inspirante que Patagonia, fondée par Yvon Chouinard, a construit son empire sur ce principe : « Let my people go surfing ». Parce que quand les vagues sont bonnes, elles n’attendent pas…

J’ajouterai autre chose : la plupart des structures et des professionnels que je croise font des horaires excessifs, et que je considère peu productifs. Beaucoup de leurs collaborateurs disent « manquer de temps ». Et la plupart de ces structures et professionnels ont des entreprises qui réussissent moyennement. La pertinence de leur modèle est invalidée par l’expérience. Si je veux que mon activité fonctionne bien et me laisse du temps, j’ai donc tout intérêt à faire… le contraire de ce que fait la majorité du secteur.

Reconnaitre l’utilité du vide

Depuis que j’ai exploré et mis en place ce type de « gestion des ressources », j’ai observé de nombreux changements dans mon activité, et surtout dans mon état. Le travail intellectuel créatif s’appuyant majoritairement sur ces espaces « vides », ils doivent avoir une place reconnue dans le process de création de valeur de l’entreprise.

Voici donc les deux choses que je recommande (avec fermeté…) à tous les concepteurs professionnels avec lesquels je travaille :

1- Arrêter de rester, de faire des horaires de fou, des 10 heures des 12h enfermé dans un bureau. On le sait et il suffit de fouiller dans la littérature, qu’on n’est pas productif dans ces conditions. Donc on se focalise, le temps où on est concentrés, on est très concentré, mais on le limite. En limitant la quantité de ce type particulier de temps, on l’utilise mieux, et on laisse la place pour d’autres choses.

2- Et parallèlement à ça, pour libérer du temps pour des espaces ouverts (errance, promenade, etc.), qui sont, il faut le reconnaître objectivement des moments de travail. D’une certaine manière, « ça travaille » tout seul. Les sujets sur lesquels on réfléchit vont maturer et vont travailler.

Si vous avez vu la vidéo en tête de l’article, je peux vous dire ceci : je suis parti marcher une heure trente. Pendant cette durée, j’ai fait 4 vidéos qui servent de base d’article, et j’ai posé les bases conceptuelles d’une grosse étude sur un process industriel. Ces principes ont dirigé toute l’étude.  Tout cela en une seule promenade. Elle m’a fourni de quoi alimenter deux semaines des autres formes de travail.

Reconnaissons-le : ces espaces vides, bien organisés, sont du travail. Ce n’est pas du travail assis dans un bureau devant un ordinateur, mais c’est du vrai travail, c’est au service de nos activités et c’est du travail qui a une énorme valeur.

Gestion de l’énergie personnelle

J’en parle régulièrement : nous ne pouvons être utiles à nos clients que si nous sommes utiles à nous-même d’abord.  Se connaitre, connaître ses ressources et ses modes de fonctionnement, c’est la base de la préservation de notre énergie. Je vous le redis : je connais peu de gens qui peuvent être efficace plus de quelques heures par jour. Ce n’est pas parce que la société dit et tente de montrer le contraire que c’est vrai.

De la même manière, ce n’est pas parce que la société se comporte comme si l’accès à l’énergie était illimité que c’est vrai. Si vous êtes indépendant, à votre compte, il n’y a personne pour vous mettre en garde sur l’épuisement de vos ressources. Vous avez la responsabilité de faire votre propre « planification énergétique ». Le risque ? Comme pour la planète : l’effondrement.

Et si vous êtes salarié, que vous avez un responsable hiérarchique, je vous recommande de vous poser ces questions : mon responsable utilise-t-il mes ressources, que je mets à sa disposition, au mieux ? Si vous êtes responsable de salariés, à l’inverse… vous voyez où je veux en venir.

Le mot de la fin

Je vous recommande vraiment de développer ces aspects là, de vous trouver des espaces dans lesquels vous pouvez laisser votre esprit respirer, être créatif, laisser décanter les sujets, laisser émerger du nouveau.

Ces deux pôles, analytiques et créatifs, fonctionnent ensemble, respirent de manière alternative. Mettez cela en place dans vos activités, je vous garantis que ça change beaucoup de choses. Et si vous savez pas comment faire et bien prenons un temps ensemble, nous verrons si je peux vous aider.

Je voulais vraiment témoigner de ces aspects parce que cette compréhension a changé ma vie. Ça a changé ma relation au travail, ça a changé ma santé aussi et ça a également amélioré la qualité de mon travail, le service que je fournis à mes clients.

Et je vous garantis que je considère aussi cela comme du design énergétique, pour trouver de quelle manière obtenir les plus grands services en préservant la ressource la plus importante entre toutes : nous-même.


Vous êtes entrepreneur indépendant et vous vous reconnaissez dans ces réflexions ? Je pense que mon dernier e-book vous intéressera et vous donnera des clés concrètes pour avancer.

pascal

Pascal est designer énergétique depuis plus de 15 ans, avec des expériences variées dans les domaines du bâtiment, des vêtements et équipements. Il est également musicien et écrivain, et habite en Savoie (France).

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