Soin du linge et performance énergétique (1)


Le lavage du linge est un sujet énergétique et environnemental qui m’interpelle depuis de nombreuses années. Tout particulièrement, je suis frappé de la place qu’il prend, dans tous les sens du terme. Et il semble susciter une curiosité inversement proportionnelle.

J’ai donc eu envie d’aborder la question de manière large. Mais par où commencer ? Après avoir longuement hésité, je me suis dit qu’il serait instructif de nous plonger dans la question par un article invité. Par n’importe lequel : celui d’un témoignage du 19èmesiècle.

J’ai donc précisément reproduit ici un extrait du livre « La Maîtresse de Maison », de la Baronne Staffe (1892). On y découvre les instructions pour mener à bien une lessive en ville à la fin du 19ème siècle. Je vous invite à le lire avec curiosité, comme un ethnologue. Les sujets abordés sont multiples, et nous reparlerons de tout cela dans plusieurs articles. Bon voyage !

Soin du linge au 19ème : le blanchissage

Le blanchissage à la maison coûte moitié moins qu’au dehors, et il est bien plus proprement exécuté.

En faisant essanger toutes les semaines, on peut faire une petite lessive tous les mois.

Il faut dire immédiatement que lorsqu’on peut acheter son savon un certain temps d’avance et le garder en un lieu sec, il s’use beaucoup moins que s’il est apporté tout humide par l’épicier au moment où l’on va s’en servir.

Je veux expliquer aussi l’avantage des blanchissages fréquents. Ils permettent de se passer des quantités excessives de linge qu’on mettait sa gloire à posséder, il n’y a pas encore longtemps.

Il ne faut manquer de rien… quand on le peut.

En fait de linge, on n’aura même plus que le nécessaire – en cas de maladie, le nécessaire ne suffirait pas, – mais on se souviendra que le linge subit aussi et fluctuations de la mode et que, pour rien, il ne faut se tenir en arrière. De plus, le linge qui reste longtemps plié dans l’armoire sans être appelé à l’usage, s’y jaunit, se coupe, s’élime ; il représente des capitaux immobilisés inutilement. Enfin, les grosses lessives telles qu’on les pratique encore en province jettent pour quelques temps le désarroi dans la vie ordinaire.

Pour blanchir chez soi, il faut une certaine installation. Une buanderie, même petite, est indispensable ou, alors, les choses doivent se passer dans la cuisine et on ne doit pas penser à blanchir beaucoup de linge à la fois.

Pour couler la lessive, on aura soit une lessiveuse en fer galvanisé, soit un cuvier, qu’on dispose sur un trépied, tout prêt de la chaudière où bout la lessive. On a des baquets pour essanger et pour y faire des savonnages, des tréteaux pour déposer le linge, une planche scellée au mur pour ranger les cristaux de soude, la bouteille ou le chiffon qui contient le bleu, etc. Dans un coin on range soit le bois, soit le charbon nécessaire pour alimenter le feu du fourneau.

Soins à prendre du linge

On a soin d’étendre le linge sale dans la partie du grenier à ce réservée. Il n’y a pas de pire système que de jeter le linge pêle-mêle dans un coin, en monceau.

On étend les chemises sur une corde ou une barre de bois distincte, les mouchoirs sur une autre, etc. Chaque catégorie de linge est mise à part. On procède ainsi d’abord pour ne pas mélanger le gros linge avec le linge fin, le linge très sale avec celui qui n’est pas souillé ; par exemple les draps et les torchons. Puis, parce que tout à l’heure on aura moins de peine pour essanger et apprêter la lessive.

Il y a encore une autre raison qui force à étendre le linge sale et même engage à ne pas trop tarder à l’essanger, c’est qu’il se piquerait facilement si l’on ne prenait ce soin.

Aussi, si l’on avait pas de grenier, avant de jeter le linge sale dans le panier, devrait-on s’assurer qu’il n’est pas mouillé par l’eau ou la transpiration. S’il était humide, il faudrait de toute nécessité le faire sécher avant de le renfermer.

On choisit pour essanger un jour de la semaine et on tâche de se tenir à ce jour.

Avant d’être essangé, le linge aura trempé deux heures au moins dans l’eau. L’opération devient ainsi beaucoup plus facile : le linge se nettoie plus aisément, il faut moins le frotter, par conséquent il s’use moins ; la peine et la fatigue sont moins grandes pour la laveuse.

Lorsqu’on a essangé le linge, on l’examine bien pour voir s’il ne porte pas de taches qui disparaîtraient imparfaitement, ou même ne disparaîtraient pas à la lessive. Taches de rouille, taches d’humidité, taches de roussi, taches de fruits.

 (Suivent 3 pages sur le traitement adéquat pour chaque type de tache)

Soins du linge : la lessive

Le linge bien essangé et détaché est prêt à mettre à la lessive quand on voudra. Une dernière recommandation : chaque pièce doit être marquée.

Il y a des personnes qui négligent cette précaution qui épargne pourtant une foule d’ennuis et la perte de nombreux objets.

Avant de remettre le linge la laveuse, il est essentiel encore de le compter par catégories. On inscrit les chiffres sur un petit carnet à ce destiné.

Quand le linge est rapporté sec de la buanderie – ou par le blanchisseur – on s’assure que les quantités rendues sont bien celles qu’on a remises.

Maintenant, il est temps de préparer la lessive.

Chez moi, on n’a pas encore abandonné l’antique cuvier, par suite d’une installation toute spéciale.

La veille de la lessive, on monte donc le cuvier sur son trépied. Le linge essangé a été remouillé dans un baquet et on l’arrange en lits, par catégories, dans la cuve, dont le fond à été garni de torchons – essangés – étendus eux-mêmes sur de longues racines d’iris, le linge ne devant pas presser absolument le fond de la cuve, afin que la lessive, qu’on versera tout à l’heure, puisse couler aisément entre les couches de linge et retomber dans un baquet disposé à cet effet, sous un trou pratiqué au fond de la cuve. Entre les lits de linge, on dépose des chapelets de racine d’iris –Le rhizome de l’iris est découpé en tranches qui sont ensuite enfilées au centre. – On finit par un lit épais de torchon et le tout est recouvert d’une pièce de très grosse toile.

(Beaucoup de ces préparatifs sont applicables à la lessive effectuée au moyen de la lessiveuse en tôle galvanisée.)

C’est aussi la veille du coulage qu’on prépare la lessive : à savoir de l’eau de pluie – si possible – dont on augmente encore la force détersive par une addition proportionnée de cendres et de cristaux de soude. Les cristaux sont mis à fondre à même. Les centres criblées sont enfermées dans un sac de toile serrée. On fait bien bouillir la solution dans une chaudière maçonnée disposée au-dessus d’un foyer.

Le lendemain, on allume le feu de bonne heure, on fait chauffer la lessive qui est versée sur le linge, pas trop chaude au début. On opère au moyen d’une poche de cuivre pourvue d’un long manche.

Comme nous l’avons dit, la lessive après avoir coulé à travers le linge – on la verse en rond autour du cuvier – retombe dans un baquet d’où on la rejette dans la chaudière. On augmente graduellement la chaleur de la lessive, à chaque fois qu’on la fait retomber sur le linge et, après quatre ou cinq coulées, elle est versée bouillante jusqu’à la fin. Le coulage dure en proportion de la quantité de la linge. 

Dans les intervalles des coulées, c’est-à-dire pendant que la lessive retombe dans le baquet, la laveuse ne reste pas inactive. Elle nettoie les flanelles ; elle lave les bleus, vêtements de couleurs qui ne pourraient supporter la lessive, tels les robes de toile peinte, les tabliers de fantaisie, les bas de couleur, etc.

Quand tout est terminé, on recouvre le cuvier d’une sorte de tapis en laine épaisse, on bouche le fond du tonneau. Le linge conserve ainsi une chaleur humide qui le rend plus facile à nettoyer.

Je sais que la « lessiveuse » moderne, en fer galvanisé, permet d’accomplir l’opération plus rapidement et avec moins de peine. Beaucoup de personnes se trouvent bien de ses services. D’autres, d’opinion rétrograde, sans doute, affirment que la méthode par le cuvier antédiluvien est préférable pour la durée du linge et même son complet nettoyage.

Choisis si tu peux et prononces si tu l’oses.

Le lendemain, on emporte le linge dans des paniers, pour le laver dans une eau courante. On le rince bien ensuite et on le met au bleu, sauf les torchons.

Le célèbre lavoir de Châteauvilain (52) – équipé d’un systéme de réglage de la hauteur du plancher (à l’origine, individuel), il permettait aux lavandières de travailler de manière plus confortable.

Si on emploie le bleu en boule, on l’enferme dans un morceau emprunté à la jambe d’un bas de coton blanc hors de service. – Si on préférait le bleu liquide, voici quelle serait la préparation : pour un litre d’eau de pluie bien claire une once de doux bleu de Prusse en poudre et un peu d’acide oxalique. Une cuillerée à thé de la mixture suffit pour un grand baquet d’eau. 

Soin du linge : le séchage

Pour sécher le linge, rien ne vaut le grand air. Toutes les fois qu’on le pourra, c’est donc dehors qu’on étendra celui qui est en contact avec le corps : draps, chemises, mouchoirs, bas, chaussettes, etc. Cette méthode est indispensable pour les malades qui ne peuvent prendre l’air. Le soleil et le vent achèvent l’œuvre de la lessive, détruisent les impuretés dont s’est imprégné le linge porté. Les personnes atteintes de maladies de peau ne doivent pas négliger cet avis.

Le blanchissage complet du linge et le séchage à l’air sont aussi nécessaires à notre corps que les ablutions et la salubrité de la demeure.

Lorsque le temps ou la façon dont on est logé ne permettent pas d’étendre au-dehors il faut bien faire sécher le linge au grenier. Mais, alors, au préalable, ce grenier aura été bien balayé, on y aura enlevé partout la poussière a l’aide d’un torchon humide et on l’aura aéré longtemps.

Puisque nous voilà arrivés au grenier, si nous disions qu’on n’y obtient le bon ordre et la propreté qu’au moyen de divisions obtenus par des murs ou des cloisons de séparation. Dans une des divisions on loge les caisses, les malles, les paniers. Une autre est réservé au linge non encore blanchi ; la troisième au linge propre, qu’on y fait sécher après les lessives, les blanchissages quelconques.

Ces deux dernières divisions doivent être, en conséquence, pourvues d’étendoir en bois bien lisse. On peut remplacer les barres de bois par des fils de fer galvanisé. Le cordeau est bon pour le dehors, quand on ne peut établir à demeure des fils de fer galvanisés dans la partie du jardin ou de la cour où l’on fait sécher le linge. Dans le grenier à linge blanc, on suspend le sac qui contient les épingles de bois qui servent à maintenir le linge sur les cordes ou les fils au dehors. Un courant d’air doit être établi, si possible, dans le grenier où l’on sèche.

Les trois divisions du grenier doivent être propres et rangées : on ne s’encombrera pas de vieux objets inutiles, démolis. Donnez ce que vous avez rebuté mais qui peut encore servir à de pauvres gens. Brûlez ce qui ne peut être utilisé par personne.

Soin du linge : le mot de la fin

Avez-vous remarqué les années-lumières qui semblent séparer cette description de nos pratiques ? De nombreux points sont abordés en grand détail : l’intérêt économique d’une garde robe restreinte, la manière de maintenir ce “patrimoine”, des niveaux différents de traitement entre le fameux “essangeage” et la lessive proprement dite…

Cette description pointilleuse et argumentée nous guidera, lors des articles suivants, dans les différents enjeux énergétiques autour du lavage et du séchage du linge. Et je vous promets que vous serez surpris.e !

PS : n’étant pas spécialiste de ce volet historique, n’hésitez pas à compléter ou ajuster dans les commentaires !

pascal

Pascal est designer énergétique depuis plus de 15 ans, avec des expériences variées dans les domaines du bâtiment, des vêtements et équipements. Il est également musicien et écrivain, et habite en Savoie (France).

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Bonjour, je suis Pascal lenormand.

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