Category Archives for "Théorie du Design Ene"

Confort d’été et Réglementation Thermique

Vous pourriez me dire que décidémment, je vous parle beaucoup de surchauffe et de confort d’été en ce moment. Et que c’est un peu étrange, étant donné que la saison de la raclette a déjà commencé. Je vous l’accorde. 

Mais l’actualité réglementaire autour de l’énergie est parfois taquine. Alors que l’hiver s’annonce,  le processus d’élaboration de la nouvelle réglementation environnementale, prévue pour 2020, bat son plein.

Pour cela, les services de l’Etat font appel à des groupes d’experts. Parmi eux, le groupe d’experts n°8 va s’intéresser spécialement à la question du confort d’été. Cet article est fondé sur la contribution que j’ai apportée à ce groupe de travail.

Confort d’été et RT2012

La question du confort d’été ou de la surchauffe n’est finalement prise en compte qu’à trois endroits dans l’arrêté du 26 Octobre 2010, ce texte fondateur de la RT.

Confort d’été, RT2012 et Tic

D’abord sous forme d’une exigence de résultats, la Tic (Température Intérieur Conventionnelle). C’est un outil et un calcul ancien datant la RT200. Cela fait donc au moins 15 ans que cet outil existe.

Tique - RT2012

La Tic est seulement inutile, alors que la tique est franchement nuisible (merci à www.le-lorrain.fr)

Dans la pratique, je le considère inefficace et inutile, pour au moins 2 raisons.

  • Il ne nous dit rien de réaliste sur le confort d’été. Il suffit d’obtenir un résultat inférieur à une valeur dite « de référence ». Dans un monde où bien des acteurs cherchent avant tout à ce que « ça passe », il est très facile de « truander » ce paramètre.
  • Surtout parce que, si cette exigence avait un intérêt, on aurait observé en 15 ans d’application une maîtrise des situations de surchauffe dans les bâtiments livrés. Or il n’en est rien, et c’est même plutôt le contraire. L’expérience prouve l’inefficacité de l’exigence Tic à régler quoique ce soi.

Confort d’été, RT2012 et exigences de moyens

Le confort d’été apparaît à deux autres endroits, dans le fameux arrêté du 26 octobre 2010, au niveau du titre 3.

  • Le premier (article 21) porte sur la protection solaire des locaux de sommeil. Le concepteur est obligé de prévoir la protection des baies des chambres.
  • Le deuxième (article 22) porte sur la possibilité d’ouvrir les baies d’un local sur au moins 30% de leur surface, afin de pouvoir surventiler, « aérer » quand c’est possible.

Confort d’été et RT2012 – on se contente de gérer les défauts de conception

Nous avons donc une « obligation de résultat » inefficace, et deux obligations de moyens portant toutes deux sur des mesures correctives en situation de surchauffe.

Je soutiens que ces trois objets passent à côté du sujet. Oublions la Tic, qui pourrait être entièrement repensée. Observons plutôt que les obligations de moyens ne visent pas à maîtriser les causes de la surchauffe. Elles imposent de prévoir des mesures de correction à un défaut de conception majeur : la trop grande surface vitrée.

Car s’il est nécessaire de protéger des baies, c’est avant tout qu’elles sont trop grandes pour la capacité du local à gérer les apports.

Et s’il est nécessaire de sur-ventiler en ouvrant à 30% des surfaces (ce qui est très important !), c’est bien souvent parce que trop d’énergie est entrée dans le bâtiment !

Pire : l’exigence de moyens portant sur l’éclairage naturel (article 20) incite plutôt à survitrer les bâtiments. Nulle part, on ne trouve d’obligation de moyen portant sur le contrôle ou limitation de cette cause première des surchauffes : la surface vitrée.

Confort d’été et RE2020 – reprendre le problème à l’endroit

Confort d’été et RE2020 – limiter les surfaces vitrées

Imaginez que vous souhaitiez faire une réglementation pour éviter les débordements de baignoire. Le mode de pensée de la RT2012 vous amènerait à imposer un nombre minimum de trous de vidange. Rien sur le nombre et le débit des robinets.

C’est bien sûr absurde, cela revient à vouloir traiter les symptômes sans traiter les causes.

façade ouest - RT2012

Chambéry, 2018 – façade ouest d’un bâtiment tertiaire tout juste livré. Tout est réglementaire, surchauffes (ou clim) garanties pour les 40 prochaines années.

Je propose donc d’intégrer une obligation de moyen portant sur la limitation des surfaces vitrées des bâtiments.

Celle-ci pourrait s’exprimer de deux manières :

  • Soit par une valeur en rapport avec la surface de plancher des locaux. Par exemple, il paraît raisonnable d’interdire, sauf dérogation particulière, d’avoir plus de 50% de la surface de plancher en surface de vitrage. Et encore cette valeur est très élevée, 30% serait préférable.
  • Soit par une approche énergétique, ressemblant à l’obligation de moyen, portant sur la contribution des énergies renouvelables. On pourrait, par exemple, interdire que les apports solaires, calculés via le moteur RT, puissent atteindre une puissance supérieure à la puissance de chauffage du local selon la norme EN 12831.

On envisage la systématisation des enveloppes passives. Cela signifie des locaux que l’on peut chauffer, au plus froid de l’hiver, avec des puissances inférieures à 15 W/m2. Il est stupide et irresponsable de tolérer des entrées énergétiques aléatoires (solaires ou liées à l’usage) pouvant atteindre le même ordre de grandeur (c’est courant), voire les dépasser… d’un facteur 5 à 10 !

Cela n’empêche nullement de conserver des obligations de moyen similaires aux actuelles. Mais on s’attaquerait, enfin, à l’une des causes majeures du problème.

Pourquoi l’humanité est-elle avide d’énergie ?

Depuis la publication du livre Le design énergétique des Bâtiments, j’ai reçu de nombreux messages de lecteurs. J’en suis toujours très touché, et souvent aussi, questionné, voire remis en question, ce qui est très stimulant !

Voici ce que disait récemment l’un de ces retours : « J’ai le sentiment que vous tentez de poser la première pierre d’une nouvelle discipline de l’énergétique ».

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Faut-il chauffer une salle de crossfit (ou pas) ?

Après une période de relative inactivité, je me suis remis au sport en 2017, vers le milieu du printemps. Sur les conseils d’un coach, j’ai alors découvert le Crossfit, une activité qui m’a déjà donné matière à réflexion dans un autre article.Vous avez par ailleurs déjà pu constater ma manière un peu compulsive d’aller mettre mon nez énergétique partout où je vais, que je fasse des crêpes, que je visite une église ou que je choisisse des chaussettes.

Il était donc normal que vers la fin juin, suant à grosses gouttes, j’aille voir Maxence, le sympathique propriétaire de la box Crossfit Chambéry pour lui parler surchauffe. 

Il m’a écouté, puis a dit : « mon vrai problème, c’est pas d’avoir trop chaud l’été, c’est qu’on a froid l’hiver. On prévoit d’ailleurs d’installer un chauffage ». 

J’écoute toujours attentivement Maxence, d’autant que c’est un rugbyman du genre tank de presque 100 kg, et que je le paye pour me faire souffrir. J’ai donc très rapidement accepté de suer tout l’été. Mais ce qu’il m’a dit de la stratégie qu’il envisageait pour l’hiver ne m’a pas rassuré. 

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Canicule : les quatre règles fondamentales

N’allez pas croire que je surfe sur l’actualité de l’été. Certes, canicule il y a, et selon bien des avis autorisés, ce n’est pas près de s’arrêter. Je me souviens de mes premières conférences dans lesquelles j’annonçais l’air grave une prédiction du GIEC. « Une canicule de 2003 tous les 2 ans en 2050 ». C’était au début des années 2000. A peine 20 ans après, cela semble déjà fort crédible. 

Mais non, je ne surfe pas sur l’actualité. La preuve ? Je parle avec les architectes de maîtrise des surchauffes depuis plusieurs années. Aujourd’hui, la formation spécifique que nous leur proposons a beaucoup de succès. Bref : ce n’est pas une nouveauté. Mais ces dernières semaines, je suis entouré de gens suants et épuisés.

Leur problème n’est pas de concevoir un bâtiment dans lequel il fasse frais. Il est de se sentir mieux dans les locaux dont ils disposent. Bien sûr, il y aura toujours ceux qui, lassés, se ruent sur les climatiseurs low-cost que les grandes surfaces proposent. Mais ce n’est pas une solution, c’est un palliatif. 

La question de la surchauffe est à la fois complexe et très simple. Complexe, parce que la sensation est le résultat, parfois, d’un grand nombre de facteurs se cumulant. Pire : le ressenti à un instant T dépend bien souvent de nos actes bien des heures plus tôt. Cela n’est pas sans rappeler la dynamique du réchauffement climatique : quand il fait trop chaud, il est déjà bien souvent trop tard pour corriger le tir.

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Énergie et financement d’origine renouvelable

Le fait de considérer l’argent comme une énergie peut apparaître, selon les milieux, comme très naturel ou complètement fantaisiste. Dans le cadre du design énergétique, j’ai l’habitude de penser l’énergie comme « cette chose qui nous permet de résoudre un problème ». J’aime aussi considérer que la mobilisation d’une forme d’énergie nous permet de résoudre l’écart entre ce qu’on a et ce que l’on voudrait.

Avec une telle acception du mot énergie, donc, je ne vois pas de frein majeur à appliquer quelques éléments de la réflexion énergétique à la circulation de richesse, dont l’argent est l’une des formes.Lire la suite…

Petite bibliothèque idéale du design énergétique

On me demande aujourd’hui régulièrement de quelle manière il est possible de se former au design énergétique. Après tout, d’où sort cette « discipline » dont je parle, qui semble reposer sur une méthode, des savoirs et des savoir-faire ? Peut-être un jour prochain allons-nous créer un cursus ou des évènements autour du design énergétique. En attendant, je peux partager avec vous les enseignements des maîtres qui ont nourri ma réflexion : les livres.

Un livre, c’est non seulement une mise à disposition des idées par les auteurs, mais également la possibilité d’intégrer ses idées dans notre parcours. On peut ainsi mettre en lien des principes issus d’univers a priori éloignés. C’est ainsi que dans cette micro-bibliothèque idéale, j’ai rangé un livre de cuisine et un récit de voyage à côté d’ouvrages sur l’énergie ou l’histoire.

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La Transition Énergétique par le Crossfit

À celles et ceux qui s’intéressent au comptage de l’énergie, je recommande très souvent un article que je trouve fondateur. Écrit par Jean-Marc Jancovici en 2005, il s’intitule Combien suis-je un esclavagiste ? Ce long document, en reprenant l’idée assez ancienne d’esclave énergétique (voir par exemple Énergie et Equité, de Ivan Illitch) illustre deux choses de manière frappante :

  • le corps humain est, entre autres choses, une « machine énergétique », que nous pouvons utiliser pour nous rendre des services énergétiques. Nous l’alimentons (avec du riz, des lasagnes ou des biscottes), et il convertit tout cela en chaleur, déplacement et/ou information/conscience. 
  • la domestication des énergies fossiles a permis à l’humanité de sortir du recours aux seulesforces musculaires, mettant à disposition de ceux qui peuvent se l’offrir des quantités phénoménales d’énergie. Ainsi, Jancovici estime que le service rendu par une petite voiture correspond à celui fourni par plusieurs centaines de cyclistes-esclaves.

Je vous invite bien entendu à lire l’article au complet. Ce qui m’intéresse ici, pourtant, ce n’est pas tellement ce constat de l’incroyable quantité d’énergie mise à notre disposition. Ce que je veux, c’est utiliser cette lecture des services énergétiques pour éclaircir certains aspects de notre quotidien. Lire la suite…

Une brève histoire d’Incub’

En ce début d’année où fleurissent les vœux que l’on reçoit et les résolutions que l’on prend, j’ai voulu combiner deux envies. La première, c’est d’avoir comme chaque année un regard vers le passé. Cela me permet de mesurer le chemin parcouru et de mieux me projeter vers l’avenir. La deuxième, c’est de vous présenter Incub’ avec un peu plus de détails que dans notre page « À propos ».
Voici donc quelques étapes clés qui ont permis a Incub’ d’être ce qu’elle (il ?) est devenu aujourd’hui. Peut-être trouverez-vous que cette brève histoire mélange sans scrupule les aspects professionnels et les aspects plus personnels. Vous aurez raison : c’est probablement un des traits caractéristiques de cette histoire. Autant l’assumer pleinement !
J’en profite pour saluer et remercier chaleureusement toutes les personnes apparaissant explicitement ou implicitement dans cette histoire. Albert Jacquard disait « nous sommes principalement constitués de nos rencontres ». Je crois fermement que c’est aussi valable pour les entreprises.

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Canette ou bouteille ? La réponse du Design Énergétique.

J’adore mon métier. Découvrir chaque jour ce qu’est le Design Énergétique m’amène à me pencher sur des problèmes aussi divers que la transition énergétique de notre pays, le froid aux pieds chez le livreur de colis parisien ou la gestion du confort dans une yourte. Néanmoins à chaque jour suffit sa peine, et la fin de journée voit arriver, c’est normal, l’heure de l’apéro. Personnellement, cela consiste en une bière bien fraîche. Enfin une application concrète et immédiatement utile de la réflexion énergétique !

Mais quel ne fut pas un jour mon désarroi lorsque, en quête un peu tardive d’une bière à pouvoir partager entre collègues, je me retrouvais devant ce dilemme : exactement le même produit, vendu soit dans une canette métallique, soit dans une bouteille en verre. Fichtre ! Comment choisir ?

C’est dans de tels instants que le Design Énergétique s’apparente à un trouble obsessionnel compulsif : il me fallait trouver une réponse à cette dramatique question. Et comme cela m’a emmené dans des raisonnements qui me semblent représentatifs de la démarche fondamentale qui nous intéresse, je partage avec vous ces quelques élucubrations.

Voici donc le raisonnement que j’ai suivi.

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5 septembre 2017

Qu’est-ce qu’un expert en Design Énergétique ?

Voici une dizaine d’années maintenant que j’ose utiliser le terme de « expert » pour caractériser ma pratique professionnelle. Je pense pourtant que cela fait moins de deux ans que je me comporte comme tel avec mes clients. Le « saut » n’est pas simple à effectuer, encore moins à expliquer. Je pense aujourd’hui que la posture de l’expert est fondamentalement différente, parce que son rôle dans un projet est fondamentalement différent. Pour illustrer cela, je vous propose un parallèle avec une de mes aventures… médicales.

Il faut pour l’expert un problème sérieux.

Dans les premiers jours de cette année, j’ai pris une résolution : je me remets à l’escalade. Dire qu’il y a quelques années, j’ai beaucoup grimpé relève de l’euphémisme… Entre 1990 et 2005, l’escalade a été mon principal centre d’intérêt, un pivot dans l’organisation de ma vie. J’ai énormément grimpé en falaise, en montagne, en compétition, en bloc, en intérieur comme en extérieur. Je me suis aussi beaucoup abimé. En 1999, en particulier, je me suis salement amoché une épaule, arrachant ligament et nerfs. A la clé : une opération et une rééducation de plus d’un an et demi. Puis, en 2005, j’ai tout arrêté, du jour au lendemain. Je ne sais toujours pas pourquoi.

Début janvier 2017, me voici donc inscrit au club d’escalade local pour enfin retoucher à la verticalité. A la troisième séance, alors que je retrouvais tout juste mes sensations, mon bras gauche lancé vers le côté s’est quasiment détaché de mon corps. J’ai retrouvé cette très désagréable sensation de l’épaule qui se disloque. Verdict : les luxations sont de retour.

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Qu’est-ce que la performance ?

Il y a quelques mois de cela, j’étais invité à un colloque traitant de la « rénovation performante des écoles en climat méditerranéen». Nous y parlions en particulier de « l’implication des usagers ». Pendant deux jours, de doctes spécialistes, concepteurs et exploitants de lieux se sont succédés, expliquant par le détail les méthodes et techniques à employer et les résultats obtenus en matière de consommation énergétique et de confort. Nous avions convenu avec les organisateurs du colloque que, quitte à évoquer les usagers, autant inviter les premiers concernés. Une classe de CP/CE1 avait donc été conviée à parler à la dernière table ronde de l’évènement. Après 2 jours de kWh, de DJU, de rendements de systèmes et de modes constructifs, ces enfants décrivaient, dans la grande salle de la Mairie de Montpellier, ce qu’ils aimaient ou aimeraient dans leur école. Une partie de l’assistance a senti les poils se dresser d’émotion. Certain.e.s touchés par la délicatesse, le charme, la pertinence des jeunes « presque maîtres d’ouvrage ». D’autres plein.e.s de colère : que faisaient des enfants de 6 ans dans cette assemblée de spécialistes ?

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