Petit musée des horreurs énergétiques

  • Pratiquer le Design Énergétique
  • 18 Janvier 2021
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Introduction

C’est un sport particulier auquel aiment jouer les passionnés d’énergétique : la chasse aux « horreurs énergétiques ». Il s’agit d’identifier, montrer et autant que possible, de critiquer des utilisations apparemment absurdes de l’énergie.

Dans l’antique classification des besoins énergétiques de l’association negaWatt, ces objets et services entrent dans les catégories « extravagants», « inacceptables » ou « nuisibles ».

Moi-même, j’ai beaucoup pratiqué ce sport… Ah, quel plaisir de taper à bras raccourcis sur le SUV ou sur les chauffages de terrasse !!

Mais soyons sérieux : derrière le plaisir enfantin et, je l’admets, un peu facile de celui qui s’affirme détenteur du bon sens face à l’absurdité du monde, se cachent deux problèmes sérieux :

  • Le premier, c’est que ces « horreurs » sont présentes, et pas qu’un peu. Sauf à faire l’hypothèse nihiliste d’une incohérence totale de notre monde, il nous faut donc admettre qu’elles doivent avoir, quelque part, un sens. Une « utilité », en dehors de notre cadre de référence.
  • Le deuxième, c’est qu’en se contentant de critiquer sans analyser, on ne peut remonter à la logique qui a abouti à ce qui nous semble absurde. Or, si on veut résoudre « l’absurdité énergétique », il nous faut comprendre la nature du service énergétique fourni.

Les règles du jeu

Il y a quelques mois, j’ai demandé à la communauté enthousiaste constituée par le groupe LinkedIn « Design Énergétique », de présenter certaines de ces « horreurs ». Des objets ou services que nous, énergéticiens, adorons détester…

Je n’ai pas été déçu ! Parmi les dizaines de réponses reçues, certaines étaient classiques, d’autres étonnantes. Toutes semblaient, effectivement, absurdes…

J’en présente donc quelques-unes ci-dessous, structurées de la manière suivante :

  1. La présentation originale de l’objet, telle que faite par son auteur.
  2. Une brève analyse de type « Design Énergétique », tâchant de faire ressortir la logique sous-jacente et, quand c’est possible, d’esquisser des pistes. On ne sera pas surpris de voir que la plupart sont non-techniques…

Merci infiniment aux sympathiques contributeurs !

1- Le panneau publicitaire (Clément)

De plus en plus il y en a partout ! J'ai l’exemple extrême en photo mais on voit "la même chose" dans des petits villages pour annoncer les horaires du don du sang (dont je salue l'utilité bien évidemment!) ou plus récemment au pied de chez moi à Paris, pour nous rappeler de bien porter un masque dans la rue...

Peu importe le message porté par ces panneaux, même s'ils étaient là pour nous donner l'envie de moins consommer d'énergie ou de se payer pour noël la dernière "Réno passive à la mode" qu'il faut avoir absolument réalisée chez soit pour passer une superbe année 2021...bref

Rien ne justifie les consommations de ces horreurs énergétiques!

Analyse

Evidemment, on commence avec du lourd… Certes, le panneau publicitaire posait problème avant qu’il devienne un système actif. Depuis 1992, la remarquable association Paysages de France se bat contre leur présence souvent illégale…

Mais depuis qu’ils sont passés à l’éclairage, puis au LED, le problème s’est démultiplié.

Quels « service » rendent-t-ils ? Du panneau fixe rétro-éclairé à l’écran, ils entrent tous dans la catégorie des services « information / conscience » : ce sont des machines à convertir de l’électricité en une information dans le cerveau du « receveur ». Leur efficacité énergétique, donc, pourrait se mesurer par le ratio entre la consommation énergétique et le nombre de passages à l’acte qu’ils génèrent.

D’une certaine manière, c’est ainsi qu’on la mesure : depuis la généralisation de la géolocalisation, il est facile pour les grands opérateurs de pub de savoir qui est exposé à quoi. C’est redoutablement efficace.

Où est le problème, alors ? Après tout, la « réclame » a toujours eu pour but d’apporter la bonne information au potentiel acheteur intéressé ?

A mon sens, le problème majeur est qu’il s’agit d’un service non demandé, intrusif. Lorsque je suis exposé à un panneau publicitaire, je n’ai pas demandé cette information. Je n’ai pas demandé qu’elle pénètre ma conscience, et encore moins qu’on utilise de l’électricité pour cela. Mon attention est forcée, ma conscience violée.

Le fondement d’un service énergétique utile, c’est qu’il y ait un demandeur. Si la publicité sous cette forme est et restera un service énergétique choquant, c’est que ceux qui y sont exposés n’ont pas demandé à y être exposé. Au sens profond, il n’y a pas plus nuisible.

2- Le feu tricolore (Nicolas)

Le feu tricolore : voici l’objet que je trouve le moins efficient en terme de design énergétique... en France dû moins :)

Accélérer-freiner, accélérer-freiner,... c’est un peu le monde d’aujourd’hui finalement...

On développe des machines puissantes, pour être le premier au prochain feu ...

Analyse

En voilà un qui m’a surpris, puis je me suis dit « et pourquoi pas ? ». Le feu tricolore est également un système actif fournissant un service de type « information / conscience ». C’est assez évident : par l’éclairage, je fais passer l’information dans le cerveau du conducteur qu’il doit s’arrêter.

Comme souvent, ce service était auparavant rendu par des humains, placés dans des tourelles au centre des carrefours.

Mais regardons de plus près : qu’est-ce qui est choquant ? Nicolas le dit très bien : que l’on doive s’arrêter.

Ce qui est particulièrement coûteux dans une voiture en ville, ce n’est pas de rouler, c’est de démarrer. C’est cette quantité d’énergie qu’à chaque fois on redonne au véhicule, et qu’on dissipe dans les freins.

Par la densification du trafic et le fait qu’une voiture roule à plus de 30 km/h, les villes à feux sont arrivés à ce stade absurde que les automobiles sont principalement arrêtées, avançant par bonds de quelques dizaines de mètres. Il n’y a pas plus inefficace, sans même parler du solo-voiturage… Le feu tricolore est devenu choquant car il s’est transformé, au fil du temps, en compte-goutte à voitures quasi-immobiles.

La bascule sur le véhicule électrique, en ville, pourrait arranger un peu les choses : au moins, un véhicule a l’arrêt aurait un moteur à l’arrêt.

Mais l’absurdité de fond resterait, celle dont le feu tricolore n’est qu’une conséquence : c’est la voiture individuelle en ville qui est absurde.

3- Luminothérapie pour pelouse (Julien)

Un objet énergétique que je déteste...disons plutôt un concept : les enceintes sportives extérieures, stade de foot/rugby par exemple. Outre les éclairages énergivores en pleine journée pour les besoins télévisuels, c'est le concept de maintenir une jolie pelouse toute belle pendant toute l'année.

Le chauffage au sol de ces pelouses m'horripile mais mon choix n°1 se tourne vers le concept de la luminothérapie, autrement dit, mettre des lampes, souvent au sodium, en fonctionnement 24/24h à 1 mètre au dessus de la pelouse pour que celle ci soit parfaite pour nos sportifs de haut niveau. Les terrains boueux ont pour moi une certaine saveur lors des jours de match !

Analyse

Voilà une vraie découverte pour moi !! Au début, j’ai cru à une blague… On a suffisamment râlé sur les stades climatisés en Maghreb.

De quoi s’agit-il donc ? D’un double service. De la chaleur et de la lumière, afin que la pelouse reste aussi parfaite et souple que possible, tout au long de l’année.

Élargissons la perspective : on faisait comment, avant ? Et bien avant, la pelouse, comme tout végétal, était un milieu soumis au service énergétique « climat » fourni par dame nature. Je me souviens quand, dans les années 80, nous regardions Stade 2 avec mon père le dimanche soir : il y avait des semaines avec des terrains boueux.

Pour quelle raison profonde cette variabilité est-elle devenue intolérable ? Quel mouvement général a fait qu’il a fallu rapprocher les aléas de ces sports d’extérieur de la maîtrise des sports d’intérieur ? J’avoue que je ne me l’explique pas totalement.

A mon sens, cela relève du vaste mouvement général de « lutte contre l’inconfort », à grand coup d’énergie, auquel on ajoute cette dimension relevée par Julien : la « nécessité » de fournir un spectacle fiable et standardisé.

Pelouse chauffée et éclairée, spectateurs régulés… cela explique également l’évolution architecturale des stades, passés de « pelouse entourée de tribune » à « gymnase à toit ouvrant et culture hors-sol ».

4 - Le Jacuzzi invididuel (Benoit)

Mon horreur énergétique préférée ?

Le JACUZZI de mon voisin.

Pendant le 1er confinement, un de mes voisins s’est offert un jacuzzi que j’aperçois d’une de mes fenêtres.

Autant le Jacuzzi peut être un équipement intéressant en termes de volupté thermique, chauffé au feu de bois et avec la douche extérieure, froide de préférence, qui va bien à côté.

Mais là on parle du jacuzzi installé avec le renfort d’un camion grue pour passer au-dessus des maisons, chauffé à l’électricité et avec l’éclairage led qui change de couleur.

C’est marrant comment le même mot peut désigner deux approches totalement différentes.

J’avoue que cette masse d’eau peu ou pas isolée, chauffée à l’électricité me fait horreur quand je l‘entend buller derrière le mur de mon jardin. A priori ces bestioles peuvent avoir un impact sensible sur les factures d’électricité.

Analyse

J’adore le texte de Benoit, parce qu’il évoque direct l’ambiguïté : ce n’est pas tellement le jacuzzi qui est absurde, c’est la manière de le faire. Il y aurait des manières correctes (au bois, rustique, etc.) et des manières peu classe (électrique, en plastique, etc.).

Benoit est architecte. Et je partage son avis sur les « bons jacuzzis » comme sur les bâtiments : beau et bio-sourcé, c’est toujours mieux que moche, en plastique et électrique.

Mais il faut aller plus loin…

Car ce que nous montre le jacuzzi du voisin de Benoit, c’est un problème énergétique bien plus grave, le même que pour les piscines, les pelouses, les voitures ou les friteuses : l’individualisation des services.

Il existe un mouvement historique général quant aux appareils énergétiques : la tendance à l’individualisation, poussée par les fabricants de matériel.

Prenons l’exemple de la piscine : « se baigner » a longtemps été un service fourni gratuitement par la nature, et seul les ultra-riches, puis les collectivités, pouvaient se payer des piscines. Puis la piscine individuelle s’est répandue. De même que la maison individuelle s’est répandue chez les plus modestes, et la voiture, et la machine à raclette, et la machine à pain, etc.

Un mythe du « rien que pour moi » a mis sur le marché une foule d’appareils électriques destinés à individualiser et généraliser des services auparavant collectifs et exclusifs.

Le jacuzzi du voisin de Benoit est de ceux-là.

Les bains d’eau chaude ont d’abord été fournis gratuitement par la nature. Le premier que j'ai connu, c’était dans une ville thermale en Nouvelle-Zélande, quand j'habitais dans l’hémisphère sud, en 1988. On allait encore, à cette époque, dans les villes thermales…

Aujourd’hui, Castorama vend des jacuzzis, en faisant croire que c’est la même chose, et l’énergie du compteur donne l’illusion que l’eau chaude est un droit pour tous…

5- Le réfrigérateur (Victor)

Indispensable ou presque, l'énervante machine à froid.

Celle qui nous sert à conserver au froid nos fruits & légumes, nos viandes et nos petites pressions ! C'est une boîte de forme rectangulaire pour les plus jolies, qui créée du froid à partir d'énergie. Mais cette vulgaire boîte se trouve malmenée dans une autre boîte : un appartement/maison chauffé tant bien que mal.. qui se retrouve à son tour dans une dernière boîte : une atmosphère plus ou moins froide !

Franchement, ne pourrait-on pas envisager quelque chose de légèrement plus intelligent que ce frigidaire, réfrigifaire, rifraigidaire..?

Bon ok, on récupère un peu d'énergie avec le condenseur mais quand même..

Analyse

Les horreurs les plus effrayantes sont celles qu’on voit le plus, parce que leur omniprésence nous a fait oublié qu’un autre monde existait, avant…

Le froid a été la forme d’énergie la plus difficile à maîtriser pour l’humanité. « fabriquer du froid », c’est compliqué, et c’est pourquoi l’histoire de la cuisine est pleine de différentes manières de conserver les aliments par d’autres moyens, du salage à la confiture en passant par le séchage et la stérilisation.

Ceux qui ont des enfants connaissent sûrement les histoires de La Famille Souris, de Kazuo Iwamura. On y découvre avec émerveillement la place que prenait le garde-manger dans la famille traditionnelle…

Le vrai froid, donc, n’existait pas. On se contentait du frais, que l’on organisait, entre la cave, le cellier et parfois le grenier. Cela tombait bien, car le « chaud » n’existait pas vraiment non plus : on ne chauffait pas les pièces, mais on se groupait autour de quelques points chauds.

Puis l’Amérique nous a envoyé le réfrigérateur électrique, la maison individuelle et la théorie du confort.

Exit les celliers et les caves. Le garage est devenu un stockage à bordel, et le grenier est devenu une chambre supplémentaire. Les filières « produits frais » sont apparus, ensuite poussés par les campagnes pour les produits laitiers (« des sensations pures ») et la viande («  quel punch, le beuf ! »), et nous voilà dans un monde où la taille minimale d’un réfrigérateur familial est… 200 litres.

Je ne sais pas ce qui provoque les yeux les plus ronds dans une discussion : vivre sans télé, ne pas scolariser ses enfants ou vivre sans frigo.

Une chose est sûr, les trois sont possibles, plutôt sains, et en tous cas envisageables !

6- Le souffleur à feuilles (samuel)

Un objet énergétique que je ne supporte pas, c'est le souffleur à feuilles. 3 kW de vent produits par un moteur thermique bruyant, souvent inutiles car des bourrasques finissent par rendre aux feuilles mortes leur liberté... Je le trouve particulièrement nuisible en ville, où il est utilisé principalement pour faciliter l'usage d'autres objets énergétiques thermiques et bruyants (roulants, ceux-là).

Analyse

Evidemment, évidemment… Comment l’éviter ?

Bon, du point du vue du designer énergétique, c’est facile : ce « machin » fournit, ou est sensé fournir, un service de type « énergie mécanique ».

Ajoutons qu’il fournit une quantité importante de service « information/conscience » sous forme de bruit, surtout en mode « je mets des coups de gachette », particulièrement efficace vers 7h30 du matin.

Je ne sais pas si une étude a jamais été faite pour comparer l’efficacité ou la rapidité du travail entre le balai et le souffleur à feuille… En réalité, je n’ai jamais vu nulle part d’argumentaire solide pour le souffleur à feuille. J’imagine qu’il s’agit d’un argument du genre « pénibilité du travail ». S’il y a dans l’assistance un médecin du travail, je veux bien son avis.

De bout en bout, je ne trouve aucune excuse a cet appareil, pour moi profondément inexplicable. J’attends encore l’avis d’un agent municipal m’expliquant à quel point sa vie est plus belle depuis qu’on l’a équipé d’un souffleur et habillé en CRS. Qu’on vienne raconter ensuite que « l’agent est un lien essentiel avec la population »…

Créez des emplois utiles. Rendez-nous les balayeurs…

7- L’escalator (Alexis)

Des objets énergétiques que je déteste… il y en a plein. Mais celui-là me donne des boutons. Là où l’ascenseur se sauve de justesse en sortant sa carte « personnes à mobilité réduite », l’escalator a faux sur toute la ligne.

Le design énergétique, c’est avant tout évaluer le service rendu. Ici il s’agit d’élever votre énergie potentielle (monter quoi) sans aucun effort physique ou presque. En gros, il répond à un besoin bien précis : encourager votre flemme.

La puissance finale d’un escalator est au minimum de 1kW. Si vous êtes seul à l’emprunter, vous avez donc l’équivalent de 10 cyclistes entraînés qui pédalent pour vous permettre d’économiser la semelle de vos chaussures. Sympa comme rendement non ?

Il est vrai, nos ancêtres gaulois avaient fait mieux avec le « Sans efforceur » :

Deuxième inconvénient : en prenant l’escalator, vous sacrifiez la « machine énergétique » qu’est votre corps. Du coup, bonjour les kilos en trop !

Mais pas de problème, pour les perdre vous irez courir… sur un tapis de course de votre salle de sport favorite. La boucle est bouclée.

Bref, j’aime pas les escalators !

Pas convaincus ? Lisez cet article de Pascal sur le crossfit.

Analyse 

Alexis nous a (presque) tout dit sur cet objet affligeant. L’escalator est au déplacement ce que le souffleur est au ramassage de feuille, en pire.

Pire, parce qu’il s’agit d’un appareil « grand public ». Heureusement, tout le monde n’utilise pas quotidiennement le souffleur. L’escalator, si.

L’escalator fournit évidemment un service de type mécanique, et sert une idéologie parfaitement exprimée dans Wall-E : « un monde merveilleux où il n’y a même plus besoin de marcher »

Je pense souvent, quand je regarde un escalator, aux adeptes du transhumanisme. Ceux qui parlent d’un « homme augmenté », des capacités incroyables que la technologie nous donnera. Alors je me demande quel sens cela a de penser « augmentation » dans un monde construit depuis 50 ans pour que les capacités humaines non sollicitées décroissent. J’entends ces gens de mon âge essoufflés après 50 pas, se « hâtant en marchant » pour tenter d’attraper un autobus, puis s’affaler, hors d’haleine, sur un fauteuil salvateur.

Alors on pourra dire que « quand on a des valises, c’est bien pratique ». Oui… mais non. Les valises, comme les réfrigérateurs, ont grossi. Regardez des images des années 60 ou 70, ou tâchez de récupérer une valise de vos grands parents.

Comparez leur taille avec les monstres à roulettes qui emplissent les TGV aujourd’hui. Qui sait encore partir pour une semaine avec un sac de 20 litres ?

Et pour les autres ? Ah… il y avait, dans les gares, des « services bagage », et même des consignes. Evidemment, quand tout, dans l’organisation, concourt à ce que l’escalator soit indispensable, on peut croire qu’il le devient.

Mais dans le fond, on le sait bien, seuls les enfants ont trouvé un usage utile de l’Escalator. Le prendre à l’envers, et rire.

8- Les chauffes terrasses (Stephane)

Rien que l'idée du bazar est surréaliste. Du coup, pour vous trouver une photo j'ai cherché sur qwant. Et là, 2eme vague de sidération je pensais que, au moins, ce serait un objet coûteux. Mais non "que dalle" ça vaut rien !!! Du coup, je met le 1er lien qui vient tellement c'est écœurant sans même chercher si c'est à gaz, élec ou au kérosène !

Analyse :

Evidemment, cet objet fournit un service de type « confort / volupté », en fournissant de la chaleur sous forme (normalement) principalement radiative.

Mais ce qui est fascinant, c’est que cet objet s’est engouffré dans la brèche la plus béante de la pansée énergétique française.

La voici : certains locaux sont destinés à être chauffés. Dans ceux-là, on est soumis à une réglementation stricte visant à limiter l’énergie utilisée pour maintenir l’ambiance. C’est la fameuse réglementation thermique.

Mais dans tous les autres lieux (et cette notion dépasse la notion de « bâtiment »)… rien. Je veux dire qu’on fait ce qu’on veut. Il n’y a pas de réglementation sur les usages de l’énergie calorifique ailleurs que dans les lieux prévus pour être chauffés.

Donc… les vérandas, les garages, mais aussi les trottoirs, les terrasses, les voitures, les wagons de train, etc. ne sont soumis à aucune réglementation. On fait ce qu’on veut.

C’est imparable : j’ai bien le droit de mettre du chauffage sur ma terrasse, puisque :

1) je peux me le payer

2) ma terrasse n’est pas un local chauffé.

C’est pour cette raison que je termine cet article par le chauffe-terrasse. Parce qu’au fil des quelques exemples que nous avons survolés, il reste une absurdité fondamentale : il n’y a pas de réglementation de l’énergie.

Aussi curieux que cela puisse l’être, aucune loi ne permet de définir un usage déraisonné de l’énergie, hormis dans quelques cas particuliers. Cela donne des effets curieux : s’il est interdit de brûler des hydrocarbures à l’air libre, c’est pour des raisons environnementales. Pas énergétiques. Si vous le faites « proprement », aucun problème. C’est d’ailleurs ce que font les barbecue tous les étés.

Je fais l’hypothèse que si la notion « d’usage absurde » a tant de mal à se définir, c’est qu’en réalité, l’usage est lui-même objet de peu d’intérêt.

Et c’est bien sûr pour ça que les designer énergétique en font systématiquement le point d’entrée de leur réflexion.