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21 novembre 2019

5 idées reçues sur les radiateurs électriques

Depuis le mois d’Octobre 2019, un grand producteur d’électricité français (celui-ci) martèle sur tous les canaux de communication imaginables des annonces de publicité-information visant à montrer que la mauvaise presse dont souffre le chauffage électrique n’est pas justifiée. 

Comme l’argumentaire navigue entre mauvaise foi, logique douteuse et informations insignifiantes, j’ai voulu tout reprendre, point par point, en ajoutant en conclusion une “idée à recevoir”. 

Dans cet article, je suis donc exactement la structure de l’une des publicités publiées (celle-ci)… et je discute. Comme dit l’article original : faisons le point sur l’opinion affichée “revue et corrigée”. 

Idée reçue n°1 sur les radiateurs électriques : « C’est énergivore ! »

On commence assez fort, avec cet argumentaire : 

Pourtant, lorsque la facture d’électricité est élevée, c’est bien souvent dû à une mauvaise isolation du logement, plutôt qu’à des radiateurs gourmands en énergie ! Saviez-vous qu’en réalité, ce sont les bâtiments qui sont énergivores, lorsqu’ils sont mal isolés ?

C’est évidemment largement vrai, même si chez Incub’, on préfère dire que c’est l’interaction bâtiment-habitants qui fonctionne mal. On ne va pas chipoter. 

Ne chipotons pas non plus sur l’expression “radiateur gourmand en énergie”, qui ne veut pas dire grand chose. Un radiateur, c’est un émetteur. C’est son travail de diffuser l’énergie qu’on injecte dedans. La notion de “rendement d’émission” existe, certes, mais elle n’a pas grand-chose à voir avec la “gourmandise” de l’appareil. 

Même des articles peu spécialisés affirment que les bâtiment mal isolés, c’est la majorité (plus de 80% d’après cette source grand public). Si néanmoins je poursuis le raisonnement, j’en arrive à la conclusion que ce n’est que dans les bâtiments récents très bien isolés qu’un chauffage électrique est envisageable.

Ce qu’est un bâtiment bien isolé

La définition, pour EDF, d’un bâtiment bien isolé est assez étrange. On nous explique d’abord ce qu’est un bâtiment énergivore, pour expliquer ce qui l’est moins :

C’est le cas en particulier des logements construits avant 1975, qui n’étaient soumis à aucune réglementation thermique. Les bâtiments construits après cette date sont mieux isolés, car soumis à une stricte réglementation.

Voilà qui est curieux :

  • Aucune distinction n’est faite entre les antiques réglementations des années 70 et les récentes RT2005 ou RT2012… Tout ça, c’est une “stricte réglementation”. Pourtant, l’ADEME ne semble pas tout à fait d’accord. Si on regarde page 138 de ce passionnant document, on remarque que les “strictes réglementations” ne sont pas si évidentes que cela dans une perspective historique. Entre les “très énergivores d’avant 1975 et les autres, la différence n’est pas si flagrante.
  • mais incidemment, on comprend donc que le chauffage électrique ne serait, finalement, destiné qu’aux bâtiments très récents à très faibles besoins. C’est un discours jamais entendu de la part du producteur historique. Nous y reviendrons à la fin de cet article. Ce qui est clair, c’est qu’EDF considère que tous les bâtiments “de notre époque” entrent dans cette catégorie. Et pour le coup, ce n’est vraiment pas le cas. 

Un chiffre carrément mensonger

Encore plus curieux, on nous propose ensuite une “info parlante”. Accrochons-nous :

Une info parlante : un logement neuf construit aujourd’hui et chauffé à l’électricité a une consommation environ 60 % plus faible qu’un logement neuf chauffé au gaz !

Pour le coup… je ne comprends pas. J’ai beau tourner le calcul dans tous les sens, en énergie primaire ou finale, je ne vois pas comment c’est possible… À moins d’imaginer qu’EDF considère que le rendement de production d’une installation au gaz est de 40% ? 

La formulation EDF revient quasiment à affirmer que si, heureux acquéreur d’un logement neuf chauffé au gaz, il suffit que j’achète 3 radiateurs électrique et laisse ma chaudière gaz arrêtée, et ma facture se réduit de 60 % ? Miraculeux…

Si quelqu’un veut bien m’expliquer, j’en serais heureux… et s’il n’y pas d’explication, cette “info parlante” est carrément mensongère. 

En réalité, si on mène un calcul en énergie primaire (comme la réglementation le fait), toutes choses égales par ailleurs, la formulation correcte serait : un logement neuf construit aujourd’hui et chauffé à l’électricité a une consommation environ 260% plus importante qu’un logement neuf chauffé au gaz !

Pas tout à fait pareil…

Pseudo-intelligence, études obscures et chiffres détournés

Nous avons maintenant droit au couplet sur “l’intelligence” des appareils modernes :

Aujourd’hui, les appareils de dernière génération sont programmables, dotés de fonctionnalités intelligentes (détecteur de présence et d’ouverture de fenêtres, par exemple), et même connectés pour certains. Avec à la clé, jusqu’à 30% d’économies d’énergie en remplaçant un appareil de première génération par un radiateur de dernière génération1

Bon… donc si vous prenez le pire vieux des pires vieux machins, et que vous le comparez au plus moderne des appareils “intelligents”, vous obtenez 30% d’économie. Source de l’information ? Le petit “1” vous informe que c’est une étude GIFAM-Toluna. Qui sont ces gens ? 

Le GIFAM est un groupement de marques d’équipements ménagers, très porté sur la “connectivité”. Des vendeurs d’appareils, donc. Et Toluna… est une entreprise d’enquête en ligne dont le slogan est “influence your world”. Des gens répondent aux enquêtes, et on leur donne en échange des récompenses. 

Quand on regarde cette “étude”, elle s’avère donc purement déclarative et faite à la demande de gens vendant des appareils “intelligents”. En matière d’impartialité, on fait mieux… 

Mais c’est encore plus surprenant quand on entre un peu dans le détail de “l’étude”, du moins quand on en retrouve des analyses (je n’ai pas pu trouver l’étude originale). On apprend par exemple dans cette source

Les résultats de l’étude GIFAM-Toluna 2017 révèlent que les utilisateurs qui ont changé d’appareils affirment faire des économies d’énergie :

• En matière de chauffage électrique, parmi les propriétaires ayant renouvelé leurs appareils il y a moins de 6 ans :
o Ils sont 72% à estimer que dans le même temps leur consommation d’énergie a diminué, dont 26% significativement.
o Ce sont les appareils programmables et intelligents qui permettent l’amélioration la plus significative en termes de consommation d’énergie.

Ah… mais ce n’est pas du tout la même chose… 

EDF nous dit dans sa publicité que les économies sont de 30%. Sauf que cette “étude”, basée sur des déclarations, montre que 26% des gens estiment que leur consommation a diminué significativement. Ça n’a aucun rapport. Comment est évalué ce taux d’économie ? Il n’y en a aucune trace.

Surtout quand on consulte l’étude TREMI, de l’ADEME (un organisme officiel), qui affirme p.14 du document de synthèse :

27 % des ménages ayant réalisé des travaux pendant la période étudiée estiment que tous les travaux de maîtrise de l’énergie ont été faits. Or, seuls 5 % des travaux réalisés ont un impact énergétique important (saut de 2 classes énergétiques type DPE). Il y a donc une différence entre la définition que donnent les ménages pour un logement rénové du point de vue énergétique et les ambitions des pouvoirs publics.

Ah… donc, parmi le panel des gens qui “font des travaux”, 30% estiment faire des économies… mais seuls 5% en font vraiment. Conclusion : on ne peut absolument pas faire confiance à l’avis des gens sur les économies d’énergie

Résumons :

  • EDF confond les économies d’énergie avec le taux de personnes qui estiment faire des économies d’énergie. Je ne trouve nulle part dans la source mentionnée le fait que le chauffage électrique moderne permet 30% d’économie. (si je me trompe, merci de me communiquer la source !)
  • La méthode utilisée dans l’enquête, réalisée par un syndicat professionnel partial à partir d’une plateforme commerciale, se base uniquement sur des estimations déclarées dont l’ADEME dit qu’on ne peut absolument pas leur faire confiance

Conclusion ? Et bien soit les appareils modernes permettent effectivement des économies, mais il faudrait fournir une source correcte et vérifiable. Soit ils ne le permettent pas, et il s’agit d’une affirmation sans fondement et abusive. 

Idée reçue n°2 sur les radiateurs électriques : « Ça coûte cher ! »

Oui, évidemment, c’est une “idée reçue” qui a la vie dure. Serait-ce parce qu’elle contient une part de vérité ? Pas pour EDF, et attention, il va vous le prouver. 

Le chauffage électrique économique, c’est pourtant une réalité dans un logement bien isolé. Comme évoqué plus haut, du fait des réglementations successives plus exigeantes pour les logements chauffés à l’électricité, ceux-ci sont globalement mieux isolés, induisant des consommations de chauffage plus faibles.

Moui… effectivement, on a déjà eu droit à l’argument des “réglementations exigeantes”, passablement raté. Mais surtout, la logique est bancale. Si les logements sont mieux isolés, le chauffage sera plus économique quelque soit le mode choisi. Et si, toutes choses égales par ailleurs, l’électricité est le plus cher… il restera le plus cher. 

C’est confirmé : ça coûte cher

Cela semble bien le cas, comme le montre par exemple ce graphique d’évolution du prix des énergies, sympathiquement fourni par l’ASDER.

Il dit tout simplement quand quand vous avez une unité de chaleur à injecter quelque part, l’électricité a toujours été, depuis 2003, ce qu’il y a de plus cher, et que ça ne s’arrange pas avec le temps !

Même en insistant : ça coûte plus cher

Mais continuons avec un argument intéressant :

D’autre part, avec un logement tout électrique, vous ne payez qu’un seul abonnement pour vos énergies, au lieu de deux si vous êtes chauffé au gaz ! Ce qui représente, selon vos usages, une économie pouvant aller jusqu’à 200 € / an.

A titre de comparaison, la facture énergétique globale d’une maison individuelle chauffée à l’électricité est 15% moins chère que celle d’une maison chauffée au gaz et 20% moins élevée que celle d’une maison chauffée au fuel2.

Ce petit paragraphe pose de multiples questions :

  • Celle du coût de l’abonnement, que je trouve traitée à la légère : le texte laisse penser que “un abonnement”, c’est quelque chose qui a un tarif fixe. Sauf que ce n’est pas le cas. Lorsque vous passez en “tout électricité”, vous devez choisir un abonnement qui permette d’appeler également la puissance de votre chauffage. Et soyez certain qu’il est rare qu’on vous propose l’abonnement au plus juste. On ne passe donc pas simplement de “deux abonnements” à “un abonnement”. On passe de “1 petit abonnement électricité + 1 abonnement gaz” à “1 gros abonnement électricité”.
  • Puis on parle d’une facture énergétique globale pour une maison individuelle, en mentionnant une source (le petit “2”) reconnue, le CEREN. Aucun lien vers l’étude en question, et j’ai beau chercher dans les publications du CEREN, je ne retrouve pas la conclusion mentionnée. Si quelqu’un veut bien me la faire suivre. 
  • On trouve en revanche dans une belle synthèse sur la précarité énergétique (p.49) des informations telles que : “l’étiquette énergie est d’autant meilleure que le logement est bien isolé, privilégie d’autres formes d’énergie que l’électricité pour le chauffage et l’eau chaude sanitaire et bénéficie d’un climat doux“. 
  • La seule donnée que j’ai pu trouver semblant dire qu’on “paye moins avec l’électricité”, je l’ai trouvée dans une synthèse de l’étude Phébus. On y trouve ce tableau sur les consommation des ménages :

On peut bien y lire, si on va vite, que le montant moyen dépensé dans les logements qui utilisent l’électricité en chauffage est moins élevé que pour les autres. Pourquoi ? L’explication est dans le texte : ” Le fioul est l’énergie pour laquelle les consommateurs dépensent le plus, notamment parce qu’ils habitent des maisons individuelles plus grandes que les autres consommateurs.” On retrouve donc la même conclusion qu’ailleurs : toutes choses égales par ailleurs, l’électricité est l’énergie la plus chère pour obtenir de la chaleur. 

Un petit calcul de coin de table

Enfin, j’ai voulu jouer au “consommateur” en me faisant une micro-simulation, à partir de ces données trouvées rapidement sur internet. J’ai comparé deux scénarios :

  • un scénario “tout électrique”, basé sur un abonnement à 18kVA, que j’ai estimé à 209 €/an, et un kWh à 0,15 €
  • un scénario “gaz+ électricité”, basé sur un abonnement électrique de 6 kVA (120 €/an, le kWh à 0,15 €), et un abonnement gaz à 250 €/an, avec un kWh à 0,05 €. Je compte une répartition de 2/3 de consommation pour le gaz (chauffage + eau chaude), et 1/3 pour l’électricité. 

Et je fais évoluer tout cela en fonction du volume global consommé, au pas de 500 kWh. Ce n’est pas une analyse très raffinée, mais c’est un début…

Dans ce cas précis, les courbes se croisent pour une consommation de l’ordre de 2500 kWh/an. Est-ce important ? Non. C’est tout petit, comme on le voit par exemple ici. Une autre manière de le voir : pour un logement de 70 m2, 2500 kWh/an représentent 35 kWh/m2/an pour le total des usages. C’est le cas de fort peu de logements. 

Conclusion ? Pour l’immense majorité des cas, l’écart des abonnements se rattrape rapidement et largement. Le “tout électrique” reste la variante la plus chère. 

Idée reçue n°3 sur les radiateurs électriques : « Ce n’est pas confortable ! »

Allez, parlons d’autre chose que de consommation et d’argent, abordons le confort. Gros sujet. Voyons ce qu’on nous dit, d’abord sur la qualité de l’émission de chaleur

Les nouveaux matériaux utilisés (stéatite, pierre de lave, brique réfractaire, céramique…) permettent ainsi de diffuser une chaleur douce de façon homogène dans l’ensemble de la pièce. 

Puis un autre argument avancé, tenant cette fois à la qualité de la régulation. 

Et grâce à leur thermostat électronique, les nouveaux chauffages électriques maintiennent une température ambiante au 10e de degré près.

La diffusion de la chaleur : on rattrape le retard

L’argument avancé est que, en 20 ans, les émetteurs électriques sont passés du bête convecteur qui “grillait” l’air à des émetteurs à basse température, fonctionnant principalement sur un mode rayonnant. C’est vrai, c’est un véritable gain, avec moins de contraste, moins de convection et de poussière sur les murs. 

Mais en réalité, que s’est-il passé ? Ceci : les émetteurs électriques ont rejoint les caractéristiques des émetteurs hydrauliques. Ceux-ci étaient déjà bien souvent lourds, inertes, et pouvaient être à basse température, bien plus que les “grille-pains”, en tous cas. Certains étaient même raccordés sur une chaudière électrique, une technologie peu répandue (comme expliqué ici), parce que “l’électricité est l’énergie la plus chère pour se chauffer”… Décidément, cette idée reçu a la vie très très dure😁. 

Conclusion : la “révolution technologique” des émetteurs électriques leur a permis de rattraper leur retard sur les autres émetteurs. Pas grand chose de plus. 

La régulation : le fantasme de la maîtrise absolue

L’argument avancé est qu’il est possible de réguler une ambiance au 10ème de degré près. C’est un peu présomptueux. Certes, on peut afficher une consigne avec une virgule sur un écran. 

Cela n’annule ni les stratifications, ni les hétérogénéités de température. En réalité, aucun système, même les grands plafonds rayonnants ou les planchers chauffants, ne peuvent fournir une ambiance homogène dans une pièce. D’ailleurs… ce n’est pas très grave, car notre sensibilité et notre adaptabilité naturelle ne le nécessitent pas. 

Par ailleurs, ce n’est pas non plus parce qu’on affiche une consigne stable que l’appareil aura, lui, un fonctionnement stable et régulier. Plus probablement, il fonctionnera avec un hystérésis, une plage autour de la valeur affichée et mesurée au boitier. 

Bref, cet argument qui s’adresse à un imaginaire de contrôle absolu, un ressort très ancien et presque animal, n’est ni réaliste, ni, en réalité, très utile en situation réelle. 

L’info en + : un objet déco ?

Un encadré nous rappelle qu’en plus, on entre dans le domaine du beau… ou presque. 

Véritables atouts déco, les nouveaux chauffages électriques design s’intègrent harmonieusement dans votre intérieur.

Bon, les goûts et les couleurs, ce n’est pas mon rayon. Mais dans les nombreux bâtiments que j’ai vu, il m’est arrivé de voir des objets thermiques utilisés à titre de décoration : une cheminée, un poêle, et même d’antiques radiateurs en fonte décorée. 

Mais il y a une chose que je n’ai jamais vu : un intérieur décoré avec des radiateurs électriques. Si vous connaissez quelqu’un qui a posé l’un de ces appareils sans le brancher parce que c’est joli, je veux bien le contact. 

Donc, oui, ok, c’est moins moche qu’avant. De là à en faire un “atout déco”, une chose qu’on montre aux amis lorsqu’on fait visiter (“vous allez être épatés, regardez… n’est-il pas magnifique ? C’est un radiateur électrique. On ne l’allume pas, c’est trop cher, mais on l’a mis au milieu du salon pour pouvoir en profiter”), il y a un pas. 

Idée reçue n°4 sur les radiateurs électriques : « Ce n’est pas écologique ! »

Revenons dans le champ technique. Et franchement, à notre époque, difficile de ne pas parler environnement. La route semble toute tracée, et l’annonceur s’y engouffre avec enthousiasme :

Pourtant, contrairement aux énergies fossiles, l’électricité est une énergie bas carbone, produite principalement grâce au nucléaire et aux énergies renouvelables (hydroélectrique, éolienne, solaire…). Energies renouvelables dont la part est en pleine croissance au sein du mix énergétique français !

L’affirmation “l’électricité est une énergie bas carbone” demande une vérification. Et en réalité, selon comment on regarde la situation… ce n’est pas si évident en ce qui concerne le chauffage électrique.

L’électricité est-elle bas-carbone ?

Les deux graphiques ci-dessous comparent les émissions de CO2 en France sur une période d’un mois (données issues de l’incroyable site de RTE).

Le premier montre qu’au printemps (mois de mai 2019), le mix est relativement peu carboné, oscillant entre 25 et 47 gCO2/kWh.

Le deuxième graphique montre le mix sur une période hivernale, plus froide. Le contenu CO2 oscille maintenant entre 40 et 80 gCO2/kWh, soit deux fois plus qu’en été.

Mais il s’agit d’une vue biaisée, qui intègre la totalité des usages. Selon la méthode officielle, l’électricité à usage de chauffage est comptée à 180 gCO2/kWh. On commence à s’approcher des valeurs du gaz (230 gCO2/kWh) ou du fioul (300 gCO2/kWh), selon les valeurs conventionnelles.

C’est donc une peu limite de dire “l’électricité est globalement peu carbonée, donc le chauffage électrique émet peu de CO2”, car même la comptabilité officielle dit que le chauffage électrique émet 2 à 3 fois plus de CO2 que les autres usages

L’électricité de chauffage est haut-carbone

Mais c’est encore pire si on utilise une comptabilité marginale pour les émissions de CO2 (cette méthode, également utilisée par l’ADEME et RTE est décrite en détail ici). Avec une telle méthode, le contenu CO2 de l’électricité à usage de chauffage est de… 500 à 600 gCO2/kWh, soit 2 fois plus que les énergies fossiles. 

C’est facile à comprendre :

  • l’électricité de chauffage est un usage “de pointe”, qui mobilise les moyens de production les plus carbonnés
  • ces moyens carbonés brûlent des énergies fossiles avec un rendement de l’ordre de 40% pour faire de l’électricité… à son tour transformée en chaleur. Le rendement global est donc mauvais. 

Le chauffage électrique, donc, est le moyen de chauffage le plus chargé en carbone de tous. La citation d’une étude “CEREN 2017”, fournie sans lien, n’y change rien.

Attention – zone de mauvaise foi

Mais attention, car voici que s’avance, à mon sens, la perle de tout cet article :

Enfin, last but not least, contrairement aux modes de chauffage à énergie fossile, le chauffage électrique ne pollue pas l’air intérieur.

J’avoue être perplexe. De quoi nous parle-t-on ? De logements où les cheminées de chaudières débouchent dans la cuisine ? Des gens qui brûlent du fioul par terre ? Je ne comprends pas en quoi un mode de chauffage à énergie fossile peut polluer l’air intérieur, à moins que la comparaison s’effectue avec les micro-poêles à pétrole d’appoint… mais je n’avais pas l’impression que c’était le sujet de l’article.

La formulation “revue et corrigée” de l’idée reçue numéro 4 me semble pouvoir être la suivante : “Et non, le chauffage électrique, ce n’est vraiment pas écologique, et c’est très carboné

Idée reçue n°5 sur les radiateurs électriques : « Ce n’est pas très moderne ! »

Nous en sommes à quatre “idées reçues”. Pour l’instant, pas une seule ne s’est avérée fausse. Elles ont en revanche permis à l’annonceur de faire un bien bel étalage d’informations fausses, biaisées ou non-sourcées… ou tout ça à la fois. 

Il nous reste la cinquième, dont je doit avouer que… oui, EDF a raison.

A chaleur douce, rayonnant, intelligent voire connecté : le radiateur électrique ne s’est pas laissé dépasser.

C’est malheureusement vrai. Alors que le chauffage électrique, sponsorisé pour justifier un programme électrique dans les années 60/70, aurait dû disparaître depuis longtemps, comme dans bien d’autres pays, il est toujours là.

Jusqu’à présent, les influenceurs bien placés ont résisté dans tous les domaines possibles pour que les réglementations thermiques ne tuent pas complètement cette “technologie” anachronique, coûteuse et inefficace. 

Et dans notre époque assoiffée de “connectivité”, “d’intelligence” et de technologie, les résistances électriques s’en sont habillées. Donc oui, malheureusement, les radiateurs électriques sont “modernes”. Si vous saviez à quel point je le regrette…”

Bonus et conclusion : “une idée pas encore reçue”

Je vais vous l’avouer : il m’arrive de préconiser le chauffage électrique dans certains bâtiments. Plus fort : le bâtiment tertiaire le moins consommateur de France est chauffé électriquement. Il y a donc des cas où le chauffage électrique est une solution pertinente. 

Quels sont ces cas ? Et bien… ceux qu’EDF mentionne dans sa première idée reçue : les bâtiments qui n’ont quasiment aucun besoin de chauffage. Dans ces situations encore trop rares, l’électricité est un moyen intelligent de passer de minuscules apports de chaleur à moindre coût. Lorsqu’on doit injecter quelques dizaines ou centaines de watts ponctuellement, il n’y a pas de système plus optimisé. Mais dans ce cas, le radiateur peut être… une simple ampoule.

Alors, au delà des mensonges et informations déformées de ces publicités destinées à vendre un produit coûteux et inutile, vous pouvez retenir ceci : le seul cas où le radiateur électrique est efficace.. c’est quand il n’y a (presque) pas besoin de chauffage. Sinon, oubliez.

3 exemples de mesures inexactes et très utiles

Mesure

Lorsque j’ai interviewé Olivier Sidler, il y a quelques mois, il a particulièrement insisté sur un point concernant l’histoire du bureau d’études Enertech : l’importance de la mesure. Dans un monde complètement déconnecté de réalités énergétiques, la mesure systématique et détaillée des phénomènes leur a donné une puissance de compréhension et de réflexion remarquable. Cela s’est également révélé un avantage concurrentiel certain. 

Il faut bien remarquer que ce n’est pas seulement la pose de milliers de capteurs qui fait la différence : c’est surtout l’usage qui est fait de la donnée. En effet, on ne peut pas dire que la donnée manque, de nos jours. Il y a quelques années, de nombreuses entreprises se sont créées pour mesurer… tout et n’importe quoi dans nos logements. L’hypothèse était qu’en lui donnant de l’information, monsieur ou madame tout le monde allait « prendre conscience » et modifier ses comportements. 

Bon… la réalité s’est montrée un peu différente.

Alors, est-il nécessaire d’avoir des centaines ou des milliers de capteurs et des dizaines d’ingénieurs de haut niveau pour que la mesure puisse servir à quelque chose ? 

Je ne le pense pas. Et j’avais envie de vous donner trois exemples de mon quotidien, pour vous montrer de quelle manière j’envisage l’utilisation de la mesure « à la maison ». 

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30 juillet 2019

Moto électrique – avantages et inconvénients

Pour les entrepreneurs et entreprises, le transport est un gros sujet. C’est très concret, la question se pose au quotidien. Chez Incub’, bien sûr, la question se pose aussi, depuis la création, autant pour les transports “longue distance” que pour les trajets quotidiens. Comme nous ne vendons (presque) que de la prestation intellectuelle, nous échappons quasiment à la question du transport des biens. 

Nous avons largement réglé la question du trajet domicile-travail en systématisant depuis 10 ans le travail à domicile. De plus, pour l’instant, nous habitons à proximité de la ville, ce qui laisse un large choix de réseaux. Concrètement, tout se fait à vélo, en bus, ou via l’auto partage Citiz quand une voiture est nécessaire. 

Mais certaines situations quotidiennes restaient compliquées à gérer. Nous avons donc récemment investi dans notre premier véhicule de société, une moto électrique. C’est un type véhicule dont on parle assez peu, la voiture électrique prend beaucoup plus de place dans les débats. Alors j’ai trouvé utile de partager avec vous six avantages – et un inconvénient – que je lui trouve dans le cadre professionnel qui est le nôtre.

Note : je le redis à la fin de l’article, mais tout de même, et pour éviter les commentaires impulsifs : notre véhicule favori et premier choix reste le vélo. Le vrai, “musculaire”, comme on dit. On ne fait pas mieux. 

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Moi, Ministre de l’Écologie

Monsieur le Président,

Monsieur le Premier Ministre,

Chers compatriotes, 

Les enfants,

J’apprends aujourd’hui par voie de presse la démission anticipée de Monsieur de Rugy de son poste de ministre de l’écologie. Il ne m’appartient pas de juger des tenants et des aboutissants de cette situation.

Habitué en revanche aux profondes déductions de par la grande quantité de romans policiers que j’ai lus ces dernières années, j’en tire la conclusion qu’il va bientôt falloir nommer quelqu’un à ce poste. Je n’irai pas par quatre chemins : je pense que je suis la personne idéale pour cette mission.

Concernant mes compétences et mes opinions, le blog sur lequel je vous écris cette lettre, ainsi que cet autre me semblent représentatifs.

Je vais donc plutôt m’attacher ici à formuler une sorte de « lettre de motivation » en me contentant de lister une série d’arguments tout à fait percutants en faveur de ma nomination au poste de Ministre de l’écologie.

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Coolroof : est-ce que ca fonctionne ?

Je n’ai pas vraiment l’habitude de m’intéresser beaucoup aux matériaux qui se proclament innovants. Quand on gratte la peinture verte et/ou technologique, il est bien rare qu’on tombe sur quelque chose de vraiment nouveau et intéressant. De plus, c’est une chose d’avoir des informations sur un matériau. C’en est une autre de pouvoir en faire quelque chose, concrètement et efficacement, dans un bâtiment ou un vêtement.

Aussi, quand j’ai vu une petite entreprise française parler du « bouclier thermique venant de l’espace », j’ai à peine levé le sourcil. Puis je me suis un peu interrogé sur leur histoire, les caractéristiques de produits et ce qu’on pouvait en faire. Quelque chose m’a intrigué : ils ne disaient jamais être une « solution miracle ». Juste une manière d’attaquer la question de la surchauffe. Et comme tout cela sentait bon la thermique « de bon sens », je me suis plongé dans le sujet.

Et voici donc ce que j’en pense. Je me permets d’ajouter, comme on dit, que “les opinions exprimées n’engagent que l’auteur”. 

(Merci à la société CoolRoof France – dans laquelle je n’ai aucune prise d’intérêt – pour les abondantes informations fournies – vous trouverez sur leur site des exemples de réalisation).

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Travailler sans rien faire

Dans mon quotidien d’entrepreneur, et en particulier dans mon secteur (l’énergie et le bâtiment), je  croise quantité de personnes confrontées à un problème énergétique bien particulier. Moi-même, ce sujet m’a longtemps causé de grandes difficultés.

Je veux parler de l’énergie personnelle. Peut-être penserez-vous que le sujet est éloigné du design énergétique ? Je ne le pense pas. Je pense même, comme je l’ai évoqué dans cet article, que notre consommation énergétique est très profondément liée à notre vécu intérieur. 

Mais ce dont je veux parler ici, c’est plutôt des aspects très concrets de ce thème. Je m’adresse ici plutôt aux indépendants, mais j’invite tout salarié à se pencher sur le sujet.

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La fin ou les moyens ?

On trouve page 47 du remarquable livre Bureaucratie de David Graeber cette phrase : 

“La question ultime est celle des valeurs”. 

Et un peu plus loin ce complément :

“Quiconque déclare fonder sa politique sur la rationalité affirme que tous ceux qui ne sont pas d’accord avec lui pourraient être fous. C’est peut-être la position la plus arrogante qu’on puisse adopter. Ou alors il entend “rationalité” comme synonyme d’ “efficacité technique”. Dans ce cas, il se concentre sur sa façon de faire parce qu’il ne veut pas parler de ce qu’il veut faire à la fin. L’économie néoclassique est tristement célèbre pour ce genre de manoeuvre”. 

Je trouve là un troublant parallèle avec ce que j’évoque souvent dans les secteurs de l’énergie et du bâtiment : la confusion et la dissociation entre les moyens (outils de calculs, dossiers, labels, etc.) et les résultats souhaités (en temps normal… des services dans le monde réel). 

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Séchage du linge et performance énergétique

Lorsque je demande autour de moi des exemples de “services énergétiques”, certaines réponses sont des grands classiques. Ce sont en général, les services qui sont pris en compte dans les calculs ou qui sont très visibles dans la vie quotidienne. Le chauffage, bien sûr, mais aussi l’eau chaude sanitaire ou l’informatique en font partie. Et puis, il y a les grands oubliés. J’appelle ainsi ces services énergétiques omniprésents, mais presque invisibles. Au premier rang de ces services oubliés, je classe le séchage du linge.

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Saute, ça craint rien !

Je vous ai déjà parlé dans un autre article de cette pratique que j’utilise et recommande. Elle consiste, à chaque début d’année, à écrire les choses que j’aimerais réaliser dans l’année. Puis, à la fin de l’année, je repasse ces rêves d’un an. C’est toujours un moment émouvant. Cela me rassure aussi, dans les moments plus difficile. Je peux me souvenir : « ah oui, j’ai quand même fait tout ça ! ».

saut à l'élastique - dessinCette année, dans le carnet, j’avais noté que je voulais faire un saut à l’élastique. Cela fait partie des vieilles idées que je traîne, cette sorte de rêves que je n’ai jamais vraiment osé réaliser. « Trop futile », « trop cher », « trop égoïste », etc. Mais cette année, j’ai décidé d’oublié les fausses bonnes raisons.

Et il y a quelques jours, quelques part entre Le Vigan et Millau, un petit panneau au bord de la route. « Ici, Saut à l’Élastique ». Ça tombe bien, nous avons besoin d’une pause. Je peux au moins voir le site. Il y a écrit « tous les dimanches de Juillet ». Tiens, nous sommes dimanche. Amélie me pousse : « Appelle donc, on n’a aucune contrainte d’emploi du temps ». J’appelle. On me répond « OK, RDV à 15h alors ».

Et à 15h, donc, j’ai sauté.

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Quelques vêtements pour un an autour du monde… lesquels ?

Estelle, une lectrice assidue du blog, m’a récemment écrit un long message dont voici un résumé :

« Cher Pascal, j’ai lu attentivement ce que tu racontes sur l’habillement, et j’ai eu l’impression que cela m’avait beaucoup éclairée. Je pars bientôt pour un long voyage dans différents pays exotiques et je prépare mon sac à dos. Voici mon problème : une fois dans les magasins, les grands principes expliqués dans tes articles ne me servent plus à rien ! Je suis en effet assaillie de vendeurs me vantant les mérites de tel ou tel produit : la remarquable étanchéité mesurée en je ne sais quelle unité, ou l’incroyable respirabilité en telle autre… Bref, je ne m’en sors pas ! Je te serais donc très reconnaissante de me décrire un kit minimum que je dois prévoir pour parer à toutes les situations. Merci beaucoup de ton aide et à bientôt.

PS : Je suis un peu fauchée. Cela m’arrangerait que tes idées soient bon marché. »

Sans faire trop de pub, j’adresse un message à vous toutes et tous qui m’écrivez pour me soumettre un problème. Oui, vous êtes nombreux ! Et je vous fais presque toujours la même réponse :

  • soit c’est une urgence, et ma foi, il faut bien que je vive… vous pouvez réserver un temps de conseil dédié.
  • soit vous n’êtes pas pressés… et vous pouvez attendre que votre passionnant sujet devienne le sujet d’un article, dont tout le monde pourra bénéficier.

Estelle, donc, a patienté. Et comme sa question me semble pouvoir concerner nombre d’entre nous, voici quelques éléments de réflexion.

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1 mai 2017

Le design énergétique de vie quotidienne

Bien souvent, les exemples de Design Énergétique portent sur des objets. Qu’il s’agisse de bâtiments ou de produits manufacturés, on comprend en général assez rapidement de quoi il s’agit. Concernant les services, le lien est parfois moins évident.
Mais si je vous disais que l’on pouvait faire le design énergétique de sa vie quotidienne, me croiriez-vous ? C’est pourtant ce que je vais vous montrer dans cet exemple réel d’un groupe de familles, quelque part en Savoie.
Ce n’est qu’un exemple… Certains de leurs choix pourront vous sembler extrêmes, d’autres trop modestes. Finalement, ce qui est intéressant dans l’histoire, c’est l’endroit où chacun peut trouver des marges de manoeuvre. Le reste ne dépend que des contextes particuliers…

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