Zéro gaz pendant 6 mois (ou presque)

Dès le mois de juin, il n’est pas rare que je reçoive des factures de gaz portant un montant négatif, c’est à dire que mon gazier me rembourse des trop perçus.
L’une des raisons principales, c’est que pendant plusieurs mois, aux beaux jours, notre consommation de gaz est nulle, ou presque. Pourtant, notre logement actuel est équipé d’une chaudière à gaz « double service », c’est à dire que le gaz permet également de produire l’eau chaude.
(Je précise, pour ceux qui trouveraient que cette consommation globale n’a pas l’air très « passive », que nous sommes en location dans un appartement dont… euh… certains paramètres mériteraient une amélioration sur laquelle nous n’avons pas la main, et que même avec une forte propension à l’expérimentation voluptueuse, nous avons des limites wink )

 

 

Machine à écrire d'inspecteur, avec écrit "investigation" dessus

Je ne peux pas garantir que la méthode que j’emploie soit généralisable. Mais les principes sur lesquels elle repose, eux, sont des fondements importants que chacun peut adapter à son propre contexte familial et technique.
Voici donc comment je procède.

AVERTISSEMENT : comme vous allez le voir, cette pratique résulte d’un choix personnel fondé, entre autre, sur ma connaissance des paramètres techniques. Rien ne dit que cette pratique peut être reproduite chez vous de manière sécuritaire. Consultez des professionnels honnêtes et curieux…

 

Quelle configuration ?
Notre logement actuel, dans lequel nous vivons à 4 (le chat n’est pas concerné), est d’une configuration courante, mais appelée à disparaître progressivement dans les logements neufs, suite à la mise en place de la RE2020. Nos services de chaleur sont couverts par une chaudière gaz double service, modèle Egalia de ELM Leblanc (évidemment, pas de publicité, c'est pour les geeks de l'énergie ^^).


Concrètement, une même machine comporte :

  • un système qui alimente un circuit de radiateurs pour faire le chauffage quand il est nécessaire
  • un ballon d’accumulation d’eau chaude de 48 litres, destiné à nous alimenter en volupté liquide.

Point important : les deux points de puisage principaux (douche et évier de la cuisine) sont situés à moins de 2 mètres de la chaudière.

Donc, nous voilà au seuil des beaux jours, le chauffage n’est plus nécessaire, en tous cas pas continuellement. Que va-t-il arriver à cette chaudière ?

 

PAS DE SERVICE = ON COUPE !

Nous utilisons un principe simple du design énergétique : quand l’usage est exceptionnel, c’est le mode non-usage qui doit être favorisé.


Traduction ?
Puisque la situation « j’ai besoin d’eau chaude » est exceptionnelle, la chaudière reste éteinte… sauf exception.
Avant d’entrer dans les détails et les explications, voici comment ça se passe très concrètement :

  1. La chaudière est éteinte
  2. Quand arrive la « session eau chaude », j’allume la chaudière régler sur la température d’ECS (Eau Chaude Sanitaire).
  3. Dès que le brûleur s’arrête (cela prend quelques minutes), j’éteins de nouveau la chaudière.
  4. Tout le monde passe à la salle de bain à la suite.
  5. Bonus : nous « finissons » le ballon avec de la vaisselle.

Voilà. Pas compliqué… Dans notre cas, et en gros d’Avril à Septembre inclus, la chaudière est allumée moins d’une heure par semaine (environ 2 chauffes), ce qui explique le grand trou de 6 mois dans nos consommations de gaz.

Notez que le réglage que j'utilise est exactement le contraire de celui qui illustre cet article. Facile à retenir, non ?


Oui oui oui, j’entends les questions et objections… alors allons-y, prenons-les tranquillement.

 

VOUS VIVEZ AVEC 96L D'EAU CHAUDE PAR SEMAINE À 4 ?

 

Oui, bien sûr… et encore, on fait parfois moins. Il y a plusieurs raisons à ça.


La première, c’est que la température de l’eau « froide » de réseau remonte aux beaux jours. Prendre une douche « froide », cela peut donc être se laver avec une eau à 15, 16, voire 20 degrés, choses dont nous avons l’habitude, voire que l’on recherche, parce que cela a de nombreux intérêts comme évoqué dans une de nos vidéos.


La deuxième, c’est que 96 litres d’eau chaude, cela fait 144 litres d’eau tiède, soit 36 litres par personne/semaine. Nous avons mesuré nos douches « normales » autour de 8 litres… Et le simple fait d’avoir une limite à l’eau chaude disponible, cela invite également tout le monde à adapter l’utilisation.


Par exemple, certain.e.s se lavent le bas à l’eau froide, et réserve l’eau chaude pour le haut, parce que c’est plus difficile…

Et surtout, la coupure de la chaudière nous montre que la quasi-totalité des mini-puisages (lavages de mains, brossage de dents, casserole de pâtes, etc.) n’ont pas besoin d’être alimentés en ECS de chaudière. Au besoin, nous pouvons toujours utiliser la bouilloire électrique, avec un rendement de 100%.


L’une des conséquences de cette pratique, c’est que… la cuisine n’a en fait aucun besoin d’alimentation en eau chaude sanitaire.

Bon, et puis soyons honnêtes : cela arrive que quelqu’un dise « je peux avoir de l’eau chaude pour la douche  ?». Et dans ce cas, très simplement, tout le monde en profite, puisque nous avons un ballon utilisable.

 

MAIS... VOUS NE VOUS LAVEZ PAS TOUS LES JOURS ?

Ben non. Nous n’utilisons pas la douche chaude tous les jours. Il y a plusieurs raisons à cela…


La première, comme nous l’avons vu, c’est que nous n’avons pas peur de l’eau « froide », voire que nous l’apprécions.
La deuxième, c’est que « se doucher » est une notion aux enjeux multiples, ce qui a bien été identifié par une étude passionnante des amis d’Enertech avec Dorian Litvine.
Concrètement : oui, bon, on se douche à l’eau chaude pour se laver… Mais en vrai, on le fait pour plein d’autres raisons : avoir un moment sans enfants, se prélasser, faire un « rituel de passage », etc.


Raisons qui sont toutes entendables, mais qui relativisent le rôle « hygiénique » de la douche. En fait, à chaque fois que je parle de ces pratiques, je reçois des dizaines de témoignages de gens qui gèrent l’hygiène autrement, voire qui le gèrent sans eau.
Donc : globalement, nous sommes des gens plutôt propres, sans douche chaude quotidienne, comme la plupart des habitants de ce monde, d’ailleurs.

ET LE LÉGIONELLOSE ?

Je ne sais pas pourquoi il y a une telle émotivité sur la legionellose.

Que ce soit une question sérieuse, et en particulier sur les installations collectives, j’entends bien.
Tous les copains experts sur ce sujet à qui j’ai parlé de cette installation (individuelle, donc) et de nos pratiques m’ont confirmé qu’il n’y a aucun risque.

Pour quelles raisons ? Il y en a plusieurs, parmi lesquelles :

  • Il n’y a jamais d’eau chaude ou tiède stagnante, puisque l’eau chaude produite ponctuellement est utilisée rapidement.
  • Le contenu du ballon et du réseau sont entièrement renouvelés plusieurs fois par semaine
  • Le réseau de distribution ne comporte aucun bras mort, et fait moins de 2 mètres

Si je compare cela avec les dizaines d’installations collectives que j’ai vues où des ballons restent en chauffe pendant des semaines sans aucun usage (bonjour les gymnases !), où les bras morts stockent de l’eau tiède pendant des jours (bonjour les sanitaires collectifs !), franchement, il faut mettre les inquiétudes au bon endroit…

ET ÇA ÉCONOMISE COMBIEN ?

 

Et oui, c’est une chose de dire « on ne consomme rien », mais si on essayait d’objectiver un peu ?
Si on fait une analyse « d’ingénieur », on voit qu’il y a deux lieux d’économie :

  • De la sobriété « de volume » : concrètement, nous avons supprimé des appels d’eau chaude en supprimant les petits puisages, et en adaptant nos comportements. Certains usages classiques de l’eau chaude se réalisent à l’eau froide, ou sont reportés, pour certains sur une utilisation de la bouilloire.
  • De la sobriété « de disponibilité » : nous avons concentré les usages intenses (la douche) sur une même période, celle où le ballon est plein. Cela induit l’économie « de volume » (on n’a « que » 48 litres), mais on économise aussi toute l’énergie consommée habituellement pour maintenir l’eau en température, au cas où. C’est ce que j’appelle la consommation liée au service « disponibilité », le fait d’assurer de l’eau chaude 24/24. Cette consommation-là est tout bonnement annulée.

Et ce deuxième point, combien coûterait-il ? Il suffit d’aller dans la fiche technique de la chaudière, et de trouver la constante de refroidissement du ballon.
Dans notre cas, elle est de 0,90 Wh/24h/l/K. C’est obscur, certes, mais pas de panique.

Cela signifie que maintenir le ballon de 48 litres à température (50 °C, soit +30° environ par rapport à l’ambiance) coûte environ 1300 Wh/jour. On peut voir ça comme une veille permanente de 55 W de gaz… ou comme un « talon » de consommation de 474 kWh/an.
Le point important, c’est que cette consommation, ce n’est PAS de l’eau chaude. C’est du pur maintien en température qui, par ailleurs, contribue à réchauffer le logement, en amplifiant les phénomènes de surchauffe.


Dans une configuration, malheureusement de plus en plus classique, où le logement serait climatisé, nous aurions :

  • Une consommation liée à l’eau chaude, mais qui ne sert qu’à assurer la disponibilité 24/24 (notre « caprice » ? Nos « exigences » ? Vaste débat, celui de la sobriété, justement)
  •  
  • De l’énergie purement perdue… en particulier quand on est sûrs qu’il n’y aura aucun puisage (la nuit… quand on est bureau ou en vacances…), et, pour un cas comme le mien, même pas la satisfaction de tuer les legionelles
  • De l’énergie qu’un climatiseur va devoir extraire…

 

Si nous laissions la chaudière allumée tout l’été, notre consommation de gaz sur ces 6 mois serait en gros multipliée par 2.

Plus simple et plus rapide que de mettre en place des campagnes de travaux, non ? Et franchement… pas bouleversant en termes d’inconfort…

 

 

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