Faut-il couper le chauffage ?

  • Pratiquer le Design Énergétique
  • 04 Janvier 2023
  • 15 commentaires

Il y a ce truc fatigant avec l’énergie : que vous ayez 20 ou 50 ans d’expérience, vous ne pèserez jamais aussi lourd qu’un seul « moi, chez moi, c’est comme ça que je fais… ». J’imagine que si j’avais voulu avoir une quelconque autorité avec mon métier, j’aurais mieux fait de rester le concepteur d’avions que j’étais destiné à devenir. Personne ne m’aurait dit « mais si tu mets 5 pales sur un turbomoteur, tu perds en rendement, non ? »…

Je pense que tout le monde, partout, ces derniers mois, a eu droit à la question « est-ce qu’on coupe le chauffage quand on sort ? ». Et d'après mes statistiques, cet hiver 2022-2023, 98% des personnes à qui j’ai dit « il faut couper le chauffage quand on sort » m’ont répondu d’un air pénétré : « oui mais… si tu fais ça… ça va consommer beaucoup plus quand tu vas revenir… moi, je baisse, je ne coupe pas ».

Évidemment, beaucoup de gens ont des réponses. Même les ministres, qui vous disent doctement, et donnent même des directives en ce sens : « Quand vous partez moins de 48h, vous baissez à 16, et si c’est plus long, vous descendez plus bas ». (Ca se trouve ici, page 12)

Évidemment, cette règle que tout le monde, partout, répète sans réfléchir, serait vraie pour tout bâtiment, tout système, tout usage… Ce qui en soit est l’indice d’un truc qui n’a pas de sens.

Quand je m’y suis penché pour de bon, deux choses m’ont frappé :

  •  le manque affolant de vraie documentation sur le sujet. Ça rappelle presque le coup du « 7% pour 1 degré »
  • à quel point le problème est mal posé, ce qui amène naturellement des réponses absolument incohérentes.

Donc, penchons-nous sur cette question, posons proprement le problème et voyons ce que nous pouvons en tirer.

(j’écris cet article principalement pour le cas du logement, qui peut facilement s’étendre au bureau et aux petits tertiaires… pour les cas plus complexes, les techniciens sauront, je le sais, extrapoler. Et sinon, vous pouvez toujours m’écrire, tous les principes restent valables).

COUPER LE CHAUFFAGE...ÇA VEUT DIRE QUOI ?

La question posée, "Faut-il couper le chauffage quand on sort ?" comporte deux éléments. Et elle gagne le super banco de la question foireuse, vu que les deux éléments en sont foireux. Commençons par le premier : « Faut-il couper le chauffage… ».

C’est bien cette notion de « couper le chauffage » qui pose problème. Pour comprendre pourquoi, il nous faut nous plonger un peu dans le « chauffagisme », c’est à dire la technique du chauffage. Nous allons pour cela prendre le cas général d’un chauffage central avec une chaudière et plusieurs émetteurs.

Cela nous permettra, éventuellement, de simplifier dans les cas particuliers.

Dissection d’un système de chauffage

Je vous ai expliqué dans un autre article que la révolution du chauffage central a consisté a séparer géographiquement le feu de l’émission de chaleur. Pour faire cela, « le feu », le foyer, a été séparé en différents composants, que voici :

  • la « génération » : c’est l’endroit où l’on « fabrique la chaleur ». En général, on y brûle quelque chose (du gaz, du fioul, du bois, etc.), mais on peut aussi y consommer de l’électricité pour fabriquer ou récupérer de la chaleur de l’environnement extérieur, comme dans les « pompes à chaleur ».
  • la « distribution » : ce sont les tuyaux, en général remplis d’eau, qui se promènent  dans tous le bâtiment et vont desservir les lieux où l’on considère avoir besoin de chaleur. En général, cette distribution est assurée par des pompes électriques, les circulateurs.
  • les « émetteurs » : ce sont les machins sur lesquels on branche les tuyaux, et qui dont destinés à libérer la chaleur amenée par les tuyaux dans le local. Cela regroupe les radiateurs, mais aussi les « batteries » (émetteurs à air), ou des murs chauffants, panneaux rayonnants, etc.

Schématiquement, cela donne à peu près ça :

Ajoutons que, pour que tout ce petit monde fonctionne comme il doit fonctionner (comment ? c’est toute la question…), on ajoute un paquets de bidules plus ou moins complexes, qu’on appelle les « régulations ». Logiquement, nous aurons  (pour simplifier) trois types de régulations :

  • les régulations terminales, qui contrôlent les émetteurs : ce sont souvent des robinets thermostatiques sur les radiateurs, mais il y a aussi les robinets « tout bêtes », les thermostats de pièce, etc.
  • la régulation de distribution, qui va déterminer s’il faut ou non distribuer de la chaleur. Bien souvent, c’est le boitier que vous trouvez quelque part chez vous, et que vous appelez « le thermostat »… et c’est bien le problème.
  • la régulation de génération, à laquelle vous touchez en général fort peu. Le truc se débrouille en général tout seul pour déclencher les brûleurs (par exemple), et les opérations que les simples mortels comme vous et moi effectuons se résument en général à :
    • allumer/éteindre, avec un bouton
    • éventuellement ajuster la température de distribution, mais c’est déjà niveau 2…

Bien, maintenant qu’on sait que « le chauffage », c’est tout ça… allez donc me dire ce que signifie la locution « couper le chauffage » ? Elle peut, bien sûr, vouloir dire plusieurs choses. Plus précisément : trois choses. Logique, puisque nous avons coupé le chauffage en trois morceaux…

Couper le chauffage - version 1

Je peux comprendre « couper le chauffage » comme « couper l’émission de chaleur », c’est à dire arrêter les émetteurs. Cela signifie, en langage de Designer énergétique® : « arrêter la fourniture du service « chaleur » dans le local.

Typiquement, c’est ce qui se passe quand une pièce est inoccupée, ou quand on la quitte. Je quitte ma chambre le matin, hop, j’éteins le radiateur…

Ah non, je vous ai bien eu… je ne chauffe pas ma chambre… prenons un autre exemple.

Je quitte mon bureau en fin de journée, hop, je coupe l'émission de chauffage du bureau.

Je sais, vous avez déjà envie de me dire « mais… ça va coûter plus cher de relancer… »… Ne soyez point hâtifs, comme disait Sylvebarbe aux Hobbits…

Sauf s’il y a un besoin particulier, comme un organisme vivant ne pouvant survivre à moins de 8 degrés, tableau de maître impossible à restaurer (j’en connais peu…), ou autre cas critique, il n’y a  aucune raison de chauffer une pièce vide. Donc…

Posons pour l’instant ce principe :

→ Quand on quitte un local, on y arrête les émetteurs de chaleur.

Couper le chauffage - version 2

Je peux également comprendre « couper le chauffage » comme « couper la distribution de chaleur », c’est à dire arrêter les pompes de circulation. Cela signifie, en langage de Designer énergétique® : « arrêter le service « énergie mécanique » de circulation de fluide caloporteur », ce qui a une conséquence immédiate : plus aucun émetteur ne reçoit de chaleur.

C’est exactement ce qu’on veut s’il n’y a plus aucun besoin de chaleur sur toute la zone desservie. Dans les logements individuels, bien souvent, cela veut dire « le logement en entier ».

Et bien souvent, cela signifie en fait « le bâtiment », ou « la partie de bâtiment » pour un usage, sauf cas foireux sur lequel on tombe évidemment, du type « restructuration des locaux sans restructuration du réseau de chauffage ».

Mais bon, il est assez simple de poser le principe n°2 :

→  Quand on quitte un bâtiment (ou une zone d’usage), on y arrête le réseau de distribution.

Couper le chauffage - version 3

Vous me voyez venir, il nous reste la génération… Dans de nombreux lieux publics ou copropriétés, on entend en début de saison froide des phrases comme « ils ont allumé le chauffage ». Cela indique en général ce moment où on commence à « fabriquer du chaud » qui soit prêt à être envoyé là où il y en a besoin.

Concrètement, nous pouvons donc aussi appeler « couper le chauffage » le fait d’arrêter la génération. Mais on sent bien qu’il y a quelque chose de différent des deux cas précédents… Parce que lorsqu’on a arrêté les émetteurs ou la distribution, c’était instantané (ou presque). Et pour redémarrer, dans la plupart des cas, c’est quasi-instantané aussi.

Avec la chaudière, on entre dans un monde différent : quand on voudra redémarrer après un arrêt, il faudra « le temps que ça chauffe ». Raison pour laquelle (peut-être...) on peut penser que "ça va coûter plus cher de relancer au retour". Mais nous n'y sommes pas encore.

Donc… c’est un peu tôt pour poser un principe n°3. Et il va même nous falloir revisiter un petit peu nos deux premiers principes.

Parce que je vous ai baladés… Vous vous souvenez, j’ai dit en introduction que la question « faut-il couper le chauffage quand on sort ? » était doublement foireuse ?

Ce deuxième élément foireux, il apparaît dans cette petite locution : « …quand on sort ».

Et il va falloir le décortiquer lui-aussi…

COUPER LE CHAUFFAGE...QUAND ?

Ça veut dire quoi « quand on sort ? »

Pour comprendre ce qui se joue réellement « quand on sort », il faut zoomer à un certain endroit, ce qu’on appelle « le transitoire ». Ce fameux moment où l’on sort.

Car tant que je suis dans un local, je définis un certain besoin. Ce besoin, ce n’est pas tellement un niveau de température d’air (je l’ai expliqué ici -, mais bon, appelons-le « température » pour simplifier.

Donc, tant que je suis dans le local, je demande une certaine température…

Et une fois que je suis sorti, je demande… rien. Il n’y a plus aucun besoin dans un local vide. Normalement, à ce stade, vous sentez monter en vous des remarques impulsives du genre « oui, mais quand on va revenir ? » ou « oui, mais l’humidité ? »… C’est normal. Tout le monde fait ça.

Mais restez tranquille, tout va bien se passer.

Je répète, parce que c'est fondamental : il n’y a aucun besoin dans un local vide.

Notons au passage que la situation est quasi la même quand on arrive. Quelques secondes avant qu’on n'entre, le besoin est nul. Il n’apparaît qu’au moment où on se trouve dans le local.

En sciences physiques, on appelle ça, un « créneau ». Retenons donc ceci pour l'instant : le besoin dans un local a la forme d’un créneau.

Je vous présente la Relance

Regardons d'abord attentivement cet instant où nous entrons… Si nous avions un appareil de chauffage instantané, nous pourrions faire cette chose géniale :

  • tout est éteint avant qu’on n’entre, ça ne coûte rien
  • dès que j’entre, le local passe instantanément au niveau satisfaisant pour mon besoin.

En principe, cela demanderait une puissance infinie, ce qui, évidemment, n’existe pas, et fâcherait également beaucoup beaucoup nos amis de RTE qui ont déjà bien du mal à gérer les pointes de puissance électrique hivernales.

Donc, dans le monde réel, si j’allume le chauffage en entrant, ça va prendre un peu de temps.

Euh… dis Pascal, tu ne viens pas d’utiliser l’expression « j’allume le chauffage » ?

Mais oui Michel, bravo, tu as suivi, merci de la remarque !!

Evidemment, je l’avais fait exprès… évidemment.

Bon, donc, j’entre dans le local, et j’active l’émetteur (principe n°1 inversé - ce qui suppose que la distribution et la génération sont déjà activés).

La chaleur arrive et augmente le niveau de service fourni : soit en « remplissant de chaleur », soit en irradiant la zone (si chauffage par rayonnement).

À quelle vitesse est-ce que ça va aller ? Combien de temps ça va prendre ?

La bonne réponse est : « on ne sait pas ». Il n’y a pas de réponse générale, et si elle existait, elle ne serait pas intéressante.

On en reparle à la fin.

Mais regardons le schéma :

Nous voyons apparaître cette zone grisée, délimitée par le créneau (notre besoin) et une courbe qui monte (le niveau de service fourni). La courbe qui monte, c’est ce qu’on appelle « la relance ». Ça fait très bien à la table du réveillon…

Mais ce qui nous intéresse, c’est ce que veut dire cette zone grisée.

Elle a une certaine hauteur, qui signifie à quel point nous sommes insatisfaits. Cette hauteur, c’est l’écart entre ce qu’on voudrait (le créneau) et ce qu’on a (la courbe qui monte).

Elle a une certaine largeur, qui signifie que bientôt, ça ira mieux, mais pas maintenant. Cette largeur, c’est le temps qu’il va falloir attendre avant d’être satisfaits, toutes choses égales par ailleurs.

Très concrètement, cette zone grisée décrit la quantité d’énergie qui manque à notre satisfaction. L’écart entre notre désir et la réalité.

Evidemment, on n’aime pas bien ça. Donc on met en place des stratégies pour éviter cette situation a priori inconfortable. Et des stratégies, schématiquement, il y en a de deux sortes.

Soyons rigides comme des thermiciens

La thermique conventionnelle ne s’embarrasse pas de détails : si on a dit qu’il fallait 19°C en occupation, et que l’occupation débute à 9h, alors il FAUT 19°C à 9h.

Seule solution, toutes choses égales par ailleurs : anticiper le démarrage. De combien de temps ? Du temps qu’il faudra, pardi...

Voyons donc le schéma, qui prend alors cette allure :

Ouf, la zone grise a disparu, personne ne va râler, il fait bien 19°C à 9h, si je garde le même exemple. Mais nous voyons arriver une nouvelle zone, colorée en rouge. Elle se situe entre le créneau (il est a zéro puisque nous sommes absents, mais il est toujours là !) et la courbe qui monte (le niveau de service).

Cette zone aussi a une certaine longueur (le temps de relance) et une certaine hauteur (de combien il faut remonter).

Mais surtout, elle décrit une chose : une quantité d’énergie qui ne répond a aucun besoin. Le besoin arrivera à 9h. Avant 9h, il n’y a aucun besoin, car il n’y a personne.

Un service énergétique fourni alors qu’il n’y a aucun besoin, on appelle ça… un gaspillage. Il sera plus ou moins important selon la durée et l’amplitude, mais il n’y a pas à tortiller : c’est de l’énergie qui ne sert à rien.

Oui oui, je sais, vous allez me dire « mais cette énergie prépare le futur besoin ».

On est bien d’accord. Ce qu’on paye là, c’est le prix de la non-négociation. Le fait de dire « j’exige d’avoir 19 degrés à 9h ». 

La plupart des thermiciens réfléchissent comme ça, ou du moins, conçoivent et pilotent les installations en considérant que les usagers sont intransigeants. Classiquement, on peut réduire le temps de relance en augmentant la puissance disponible ("ça monte plus vite")... avec la contrepartie que cela implique de plus grosses installations, qui fonctionneront en sous-régime une fois le régime stationnaire atteint.

Ou alors on met une faible puissance, comme dans les bâtiments passifs, mais si par malheur vous devez faire une grosse relance, et bien... ça prendra pas mal de temps ! C'est ce qui se passe lorsqu'on livre des bâtiments lourds et performants au coeur de l'hiver, et qu'on passe des semaines à chauffer pour... sécher et faire monter les bétons en température.

Mais vous vous doutez bien que, dans le vrai monde, la réalité peut se passer différemment...

Soyons souples comme des humains

Quand j’étais alpiniste, il nous arrivait d’utiliser en hiver des refuges non gardés. Evidemment, quand on arrivait, ça caillait sévère. Mais on avait du bois, il y avait un poêle, et en quelques temps (variable…) l’atmosphère se réchauffait. Et on savait que l’ambiance allait se réchauffer et que la soirée allait être agréable.

Sans aller jusqu’aux situations extrêmes de l’alpinisme, nous avons tous une tolérance. Notre niveau d’exigence peut s’assouplir.

Au bureau, vous voulez peut-être 19°C en général, mais en réalité, vous êtes peut-être prêt a accepter que ça monte de 17°C à 19°C sur la première heure… et puis ça permet d’aller se faire un café et de se mettre en route.

Nous avons tous ces souplesses, plus ou moins importantes.

Concrètement, ça veut dire que notre besoin réel, ce n’est jamais un créneau. Nous sommes capables d’arrondir les angles. Et ça tombe bien, parce que cette "diminution volontaire de notre exigence" peut également servir à décaler / diminuer la relance

Mais cela peut aussi nous permettre de décaler la relance et donc de diminuer le gaspillage.

Alors, cette relance ?

On en va pas faire ici un traité complet sur la relance et la sobriété énergétique. Résumons juste brièvement ce que nous a appris la relance pour avancer sur notre question de « est-ce qu’on coupe le chauffage ? ».

Nous avons, à ce stade, appris deux choses :

  • tout service énergétique apporté alors qu’il n’y a personne est du gaspillage, même si cela « prépare » quelque chose d’ultérieur
  • nous pouvons « arrondir les angles », pour diminuer les gaspillages ou notre insatisfaction (ou les deux).

C’est déjà pas mal. Et cela va nous être utile pour comprendre ce qu’il faut faire « quand on sort », car ce n’est pas par pure perversité que je vous ai emmené dans le monde du « quand on arrive ».

Alors, on fait quoi quand on sort ?

Notez au passage : si je vous ai parlé du « quand on arrive », c’est parce que les sujets de type « quand on sort » n’intéressent pas grand monde. La plupart des systèmes sont fait pour démarrer quand on veut qu’ils démarrent. On se penche plus rarement sur le complémentaire, l’art d’arrêter les choses… En Design énergétique, on appelle ça la "conception de non-usage".

Maintenant que vous avez compris la logique de la relance, la suite va être facile.

Reprenons notre schéma, et zoomons au moment où l’on part. Si je coupe l’émetteur au moment où je sors, le local ne va pas retomber immédiatement au niveau « pas de service ». Ça va descendre gentiment, à une vitesse variable selon les caractéristiques générales du lieu. Concrètement, ça donne ça :

Je retrouve une zone particulière, colorée en orange. C’est la zone où il n’y a aucun besoin (je suis parti), et pourtant, il y a toujours un service fourni, de la bonne énergie qui ne sert à personne.

Une nouvelle fois, c’est un gaspillage, ça ne sert à rien.

Bien sûr, on peut diminuer cette zone, en augmentant la pente par exemple : c’est ce qu’on fait en concevant des locaux très peu inertes, par exemple en isolation par l’intérieur et structure légère, pour les usages intermittents. Mais ça reste du gaspillage.

Un gaspillage généré par le fait qu’on a demandé le même niveau de service jusqu’à la fin.

Sauf que maintenant, petits canailloux, vous savez qu’on peut arrondir les angles. Que si on part à 17h, on serait peut-être prêt à laisser la température baisser doucement à partir de 16h, par exemple. Bref : vous savez qu’on peut faire une « anti-relance » (je n’ai pas trouvé d’antonyme au mot « relance »), avoir de la souplesse.

Concrètement, sur le schéma, ça donne ça :

Tout ce qu’on pourra négocier comme réduction de service en amont du départ, ce sera de l’économie.

BON, CONCRÈTEMENT, ON ARRÊTE OU PAS ?

Le chemin a été un peu long, je vous l’accorde. Mais quelle moisson nous avons faite ! Au stade où nous en sommes, nous avons entièrement débuggué cette question doublement foireuse « Faut-il couper le chauffage quand on part ? ». Nous sommes maintenant capables de poser les vraies questions, celles dont on peut faire quelque chose :

Quand faut-il couper ?

Je vous ai dit qu’il n’y avait pas de réponse générale sur les aspects temporels. En revanche, je vous l’assure : vous êtes les meilleurs experts de votre usage. Expérimentez et trouvez votre optimum en suivant ces trois règles d’or  :

  • Toute anticipation de la coupure est une économie : commencez par arrêter les émetteurs 10 mn avant de quitter le local. C’est acceptable ? La prochaine fois, arrêtez-les 20 minutes avant. Et continuez tant que tout se passe bien (oui, vous avez le droit de commencer à mettre votre manteau).
  • Toute relance est un gaspillage : si votre programmation comporte une relance, décalez l’horaire de 10 minutes, toutes choses égales par ailleurs. Par exemple, si ça démarrait à 8h pour une ouverture à 9h, changez pour un démarrage à 8h10. Personne ne se plaint ? Essayez 8h20. Et continuez.
  • Tout réduit est un gaspillage : si votre programmation comporte un réduit, diminuez la température de consigne de 1 degré, toutes choses égales par ailleurs. Personne ne se plaint ? Enlevez encore un degré. Et continuez. Vous êtes en train de casser les consommations et les factures. Bravo.

Que faut-il couper quand on quitte un lieu ?

Nous avons vu la différence entre les émetteurs, la distribution et la génération. Nous pourrions encore raffiner, en particulier dans les lieux complexes avec des chaufferies qui distribuent plusieurs réseaux dans plusieurs bâtiments par exemple.

(Si vous êtes dans un tel cas et avez besoin d’y réfléchir, écrivez-moi)

Mais pour le commun des mortels, la règle est la suivante :

  • quand je quitte un local, je coupe les émetteurs. Tous, toujours. Et si je passe dans un espace vide et que j’y trouve un émetteur actif, je le coupe. S’il y a un besoin réel, il y aura toujours quelqu’un pour rallumer, ne t’inquiète pas. Notre monde meurt beaucoup plus d’énergie utilisée pour rien que de chauffage arrêtés par erreur. #coupelerobinet
  • quand je quitte un bâtiment, j’agis sur la distribution. Il n’y a aucune raison de faire tourner un réseau qui n’alimente aucun besoin.

C'EST TOUT ?

Non, ce n’est pas tout.

D’abord parce qu’au delà de ces principes, la chose la plus importante, au fond, c’est celle-ci : expérimentez.

Partout où je vais, je vois que le plus grand frein, c’est la non-action, l’immobilité. Avec les principes ci-dessus, vous avez des guides. Mais c’est votre responsabilité d’appliquer ça dans les locaux dont vous êtes les experts. Chez vous. Dans vos bureaux.

Ce qui est le plus affligeant dans les messages généraux émanant des hautes autorités, c’est leur manque d’ambition, et leur côté « voilà la règle ».

Il n’y a pas de règle. Il y a quelques temps, un Président de la République disait « nous sommes en guerre », alors qu’il n’y en avait pas. Là, avec l’énergie, nous y sommes. Alors fermez des robinets. Baissez les consignes. On vous a dit de réduire à 17 ? Essayez 16, et voyez ce qui se passe. Vous ne risquez rien. Et les gisements sont immenses.

Ce dont on parle, ce ne sont pas 5 ou 10% d’économie. C’est 30, 50 ou 80%. Vous avez mieux à faire de vos ressources que de payer du chauffage, et ce à quoi on s’attaque avec ces quelques principes, ce n’est pas de la baisse de confort : c’est du pur gaspillage, de l’énergie payée pour rien.

Maintenant, vous savez quoi couper, et quand. Alors allons-y. On a déjà perdu trop de temps à lire des instructions, allons fermer quelques robinets…

PS : Et vous avez raison, je n'ai pas complètement répondu à la question "... mais ça ne coûte pas plus cher de tout couper plutôt que de faire un réduit". Ce sera l'occasion de nous retrouver dans un prochain article. 

Mais d'ici là, je peux vous répondre : "non, ça ne coûte pas plus cher". 

Allez, foncez fermer des robinets, on en reparle bientôt.